Le gouvernement nigérien entend donner un nouvel élan au Programme du barrage de Kandadji, considéré comme l’un des plus importants projets d’infrastructures du pays. Réunis à Niamey lors des États généraux consacrés à ce chantier stratégique, les autorités, les experts nationaux, les partenaires institutionnels et les représentants des principales parties prenantes ont dressé un état des lieux complet du programme et proposé trois scénarios destinés à accélérer sa réalisation. Les conclusions de ces assises ont été remises lundi au Premier ministre, Ali Mahamane Lamine Zeine, qui a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire de cet ouvrage un levier majeur de souveraineté énergétique, alimentaire et économique.
La rencontre entre le chef du gouvernement et la délégation du Comité de financement du Programme du barrage de Kandadji marque une étape importante dans la relance de ce projet, lancé il y a plusieurs années mais confronté à de nombreux retards. Les conclusions des États généraux, organisés du 8 au 10 juillet 2026 à Niamey, devraient désormais servir de base à une nouvelle stratégie nationale visant à lever les obstacles techniques, financiers et organisationnels qui freinent encore l’achèvement du barrage.
Lors de l’ouverture des travaux, le Premier ministre avait appelé les participants à faire de ces assises « un moment de vérité, de responsabilité et d’engagement collectif ». Pour les autorités nigériennes, il ne s’agissait pas seulement d’évaluer les difficultés rencontrées, mais aussi de proposer des solutions concrètes permettant de redonner un nouvel élan à un projet considéré comme essentiel pour le développement du pays.
Les États généraux ont réuni un large éventail d’acteurs. Des représentants du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), des membres du gouvernement, des experts techniques, des partenaires financiers, des diplomates ainsi que plusieurs institutions impliquées dans le programme ont participé aux discussions. Cette approche inclusive avait pour objectif de partager les responsabilités, de mieux comprendre les contraintes existantes et d’élaborer une feuille de route commune.
À l’issue des échanges, les participants ont adopté un document stratégique proposant trois options pour l’avenir du barrage de Kandadji.
La première consiste à maintenir le statu quo, c’est-à-dire poursuivre le projet selon les modalités actuelles. Cette option permettrait d’éviter des changements institutionnels majeurs, mais plusieurs experts estiment qu’elle risquerait de prolonger les retards déjà accumulés et de reporter encore les bénéfices attendus pour la population.
La deuxième option privilégie une réalisation du barrage principalement par les Nigériens eux-mêmes, en mobilisant les ressources nationales, les compétences techniques locales et les entreprises du pays. Cette approche s’inscrit dans la volonté des autorités de renforcer la souveraineté économique et de démontrer la capacité du Niger à conduire ses grands projets d’infrastructures avec ses propres moyens.
La troisième option prévoit un leadership renforcé de l’État, accompagné d’un partenariat limité avec des bailleurs de fonds capables d’apporter un soutien financier important sans remettre en cause la maîtrise nationale du projet. Ce scénario cherche à concilier les besoins de financement avec la volonté des autorités de préserver leur autonomie dans les décisions stratégiques.
En recevant les conclusions des États généraux, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a salué le travail réalisé par le comité et les différents experts. Il a insisté sur le caractère prioritaire du barrage de Kandadji pour l’avenir du Niger, rappelant que cet ouvrage dépasse largement le cadre d’un simple projet hydroélectrique.
Selon le gouvernement, le barrage constitue un véritable moteur de transformation économique. Il devrait permettre d’accroître la production d’électricité, de réduire la dépendance énergétique du pays, d’améliorer l’irrigation des terres agricoles, de renforcer la sécurité alimentaire et de stimuler les activités industrielles grâce à une meilleure disponibilité de l’énergie.
Dans un contexte marqué par les défis économiques, climatiques et énergétiques, les autorités voient dans ce projet un outil capable de soutenir une croissance plus durable. L’accès à une énergie fiable est considéré comme indispensable pour favoriser l’industrialisation, attirer les investissements, développer les petites et moyennes entreprises et améliorer les conditions de vie des populations.
Le volet agricole constitue également l’un des principaux objectifs du programme. Grâce à une meilleure maîtrise des ressources hydrauliques, le barrage devrait permettre l’irrigation de vastes superficies agricoles, réduisant ainsi la dépendance des producteurs aux précipitations. Cette évolution pourrait contribuer à augmenter les rendements agricoles, renforcer la sécurité alimentaire et créer de nouvelles opportunités économiques dans les zones rurales.
Le gouvernement souligne également que le projet favorisera une meilleure gestion de l’eau, ressource essentielle dans un pays confronté aux effets du changement climatique et à une pression croissante sur les ressources naturelles. Une gestion plus efficace du fleuve Niger pourrait bénéficier à plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, l’élevage, la pêche et la production d’énergie.
Au-delà des enjeux économiques, le barrage de Kandadji représente également un symbole de souveraineté nationale. Depuis plusieurs mois, les autorités de transition mettent en avant la nécessité pour le Niger de renforcer son autonomie dans les secteurs stratégiques. Cette orientation concerne aussi bien la sécurité que l’économie, l’énergie ou les infrastructures.
Les États généraux ont ainsi permis d’ouvrir un débat approfondi sur les modalités de financement des grands projets nationaux. Les participants ont insisté sur la nécessité de diversifier les sources de financement, de renforcer la transparence dans la gestion des ressources et de garantir une meilleure coordination entre les différents acteurs impliqués.
Pour plusieurs experts présents aux travaux, la réussite du Programme Kandadji dépendra également de la capacité des institutions publiques à assurer un suivi rigoureux de la mise en œuvre des recommandations. Ils estiment qu’une gouvernance renforcée, associée à une planification efficace, sera indispensable pour éviter les retards observés par le passé.
Le Premier ministre a, de son côté, rappelé que l’objectif final demeure l’amélioration durable des conditions de vie des Nigériens. Il a souligné que le barrage devra contribuer à créer des emplois, soutenir le développement des régions concernées, renforcer les capacités de production agricole et offrir aux populations un meilleur accès à une énergie propre et accessible.
Les autorités espèrent désormais que les orientations issues des États généraux permettront de franchir une nouvelle étape dans la concrétisation de ce chantier stratégique. Les recommandations devraient servir de base aux prochaines décisions gouvernementales concernant le financement, la gouvernance et les modalités d’exécution du programme.
Pour le Niger, le barrage de Kandadji représente bien plus qu’une infrastructure. Il incarne une vision de développement fondée sur la valorisation des ressources nationales, la maîtrise des capacités énergétiques et le renforcement de la souveraineté économique. Si les nouvelles orientations sont effectivement mises en œuvre, ce projet pourrait devenir l’un des principaux moteurs de la transformation économique du pays et contribuer durablement à améliorer les conditions de vie des générations futures.
