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Guinée : Algassimou Diallo transféré à la prison de Macenta

L’ancien avocat général près la Cour suprême de Guinée, Algassimou Diallo, poursuit son parcours judiciaire. Inculpé et placé sous mandat de dépôt le 27 août dernier, l’ancien magistrat a été transféré de la Maison d’arrêt et de correction de Coyah vers celle de Macenta. L’annonce a été faite dimanche par la Direction nationale de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion, dans un contexte marqué par une procédure judiciaire et disciplinaire qui a conduit à sa révocation du corps de la magistrature.

Le transfert d’Algassimou Diallo est intervenu le 5 septembre, selon un communiqué du ministère guinéen de la Justice et des Droits de l’Homme. Les autorités judiciaires ont précisé que cette mesure relevait de la gestion administrative des établissements pénitentiaires et qu’elle n’avait aucune incidence sur la situation judiciaire de l’intéressé.

« Le transfert ne modifie pas le statut judiciaire de l’intéressé », indique en substance le communiqué. Algassimou Diallo demeure ainsi détenu en exécution du mandat de dépôt délivré à son encontre à l’issue de son inculpation.

Cette précision intervient alors que le dossier de l’ancien avocat général continue de susciter l’attention de l’opinion publique guinéenne. Magistrat connu notamment pour son implication dans le procès du massacre du 28 septembre 2009, Algassimou Diallo est aujourd’hui confronté à une série de procédures ayant profondément modifié sa situation professionnelle et personnelle.

Des poursuites pour plusieurs chefs d’accusation

Algassimou Diallo avait été inculpé pour des faits qualifiés de « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, de discrimination et de participation à une association de malfaiteurs ».

La décision avait été prise par le président de la Première Chambre pénale de la Cour suprême, avant le placement de l’ancien magistrat sous mandat de dépôt le 27 août dernier.

Après son inculpation, il avait été écroué à la Maison d’arrêt et de correction de Coyah, située dans la périphérie de Conakry. Son transfert vers Macenta constitue donc une nouvelle étape dans l’exécution de sa détention provisoire.

Les autorités guinéennes insistent toutefois sur le caractère administratif de cette décision. Selon le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, le changement d’établissement pénitentiaire ne remet pas en cause les décisions judiciaires déjà prises et ne constitue pas une modification des charges ou du statut juridique de l’ancien avocat général.

La prison de Macenta devient désormais le lieu où Algassimou Diallo poursuivra sa détention dans le cadre de la procédure en cours, sauf nouvelle décision des autorités judiciaires compétentes.

Une affaire qui intervient après une procédure disciplinaire

Le transfert de l’ancien magistrat intervient dans un contexte particulier. Avant son inculpation et son placement sous mandat de dépôt, Algassimou Diallo avait déjà fait l’objet d’une procédure disciplinaire au sein de la magistrature guinéenne.

Le 18 août, il avait été suspendu par le ministre de la Justice pour « manquement à ses obligations statutaires ». Cette suspension avait ouvert la voie à une procédure devant le Conseil supérieur de la magistrature, saisi par le Garde des Sceaux.

Réuni en formation disciplinaire à huis clos, le Conseil supérieur de la magistrature avait examiné les faits reprochés à l’ancien avocat général. À l’issue de la procédure, l’institution avait estimé que les griefs retenus contre lui étaient établis.

Selon les conclusions rappelées dans le cadre de cette procédure, les faits reprochés au magistrat constituaient « des manquements graves aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat ».

Cette décision avait conduit à la révocation d’Algassimou Diallo du corps de la magistrature, mettant ainsi fin à sa carrière judiciaire.

La succession de ces événements – suspension, procédure disciplinaire, révocation, inculpation et placement en détention – marque une rupture majeure dans le parcours d’un magistrat qui avait occupé plusieurs fonctions importantes au sein de l’appareil judiciaire guinéen.

Une figure du procès du 28 septembre 2009

Algassimou Diallo s’était particulièrement fait connaître du grand public à travers son rôle dans le procès lié au massacre du 28 septembre 2009, l’un des dossiers judiciaires les plus importants et les plus sensibles de l’histoire récente de la Guinée.

Le 28 septembre 2009, de graves violences avaient éclaté lors d’un rassemblement politique au stade de Conakry. Les événements avaient profondément marqué le pays et conduit, plusieurs années plus tard, à l’ouverture d’un procès impliquant plusieurs responsables de l’époque.

Nommé procureur de la République près le Tribunal de première instance de Dixinn en décembre 2021, Algassimou Diallo avait joué un rôle central dans la conduite des poursuites judiciaires dans cette affaire.

Il avait notamment participé à la procédure visant l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara, ainsi que plusieurs anciens responsables du Conseil national pour la démocratie et le développement, le CNDD.

Son implication dans ce procès avait contribué à renforcer sa notoriété au sein de la justice guinéenne. Le dossier du 28 septembre était suivi avec une attention particulière, tant par les victimes et leurs familles que par les organisations de défense des droits humains et l’opinion publique nationale et internationale.

Pour de nombreux observateurs, le procès représentait une étape importante dans la lutte contre l’impunité et dans la recherche de justice pour les victimes des violences commises en 2009.

Un parcours au sein de la magistrature guinéenne

Avant les événements qui ont conduit à sa révocation, Algassimou Diallo avait connu une progression importante dans la hiérarchie judiciaire guinéenne.

Après son passage à la tête du parquet du Tribunal de première instance de Dixinn, son parcours l’avait conduit au parquet général près la Cour d’appel de Kankan.

Il avait ensuite été nommé avocat général près la Cour suprême, l’une des plus hautes juridictions du pays. Cette fonction lui conférait une place importante dans l’organisation judiciaire et dans le traitement de plusieurs dossiers relevant de la compétence de la Cour suprême.

Son expérience professionnelle et son passage par différentes juridictions avaient fait de lui une personnalité connue du monde judiciaire guinéen.

C’est précisément ce parcours qui donne une dimension particulière à sa situation actuelle. L’ancien avocat général, qui a exercé des responsabilités dans des dossiers sensibles et participé à des poursuites contre d’anciens dirigeants, se retrouve aujourd’hui lui-même au cœur d’une procédure judiciaire.

Des échanges avec Cellou Dalein Diallo évoqués dans la procédure

Parmi les éléments évoqués dans le cadre de la procédure disciplinaire, le ministère de la Justice avait notamment fait référence à des échanges audio impliquant Algassimou Diallo et l’opposant politique Cellou Dalein Diallo.

Ces échanges figuraient parmi les faits examinés dans le cadre des procédures ayant visé l’ancien magistrat.

Une interdiction de sortie du territoire avait également été prise à son encontre dans le cadre de cette affaire, avant les développements judiciaires ayant conduit à son inculpation et à son placement sous mandat de dépôt.

Les autorités judiciaires guinéennes poursuivent désormais la procédure selon les mécanismes prévus par la loi. Algassimou Diallo reste présumé innocent tant qu’une décision de justice définitive n’a pas établi sa culpabilité.

Son transfert vers la prison de Macenta constitue, pour l’heure, une mesure administrative qui ne préjuge pas de l’issue de la procédure judiciaire.

Une affaire suivie de près

L’évolution de cette affaire continue d’être suivie avec attention en Guinée. Le parcours d’Algassimou Diallo, son rôle dans plusieurs dossiers judiciaires majeurs et les circonstances de sa révocation puis de son inculpation expliquent l’intérêt suscité par son dossier.

Le ministère de la Justice a tenu à souligner que son transfert de Coyah à Macenta ne modifiait en rien son statut judiciaire. L’ancien avocat général demeure placé sous mandat de dépôt dans l’attente de la poursuite de la procédure engagée contre lui.

Les prochaines étapes judiciaires permettront de préciser l’évolution du dossier et les éventuelles décisions qui pourraient être prises concernant les accusations portées contre l’ancien magistrat.

En attendant, le transfert d’Algassimou Diallo vers la prison de Macenta ajoute un nouvel épisode à une affaire qui mêle désormais procédure disciplinaire, révocation de la magistrature et poursuites pénales. Une situation qui illustre également la place centrale de la justice dans le débat public guinéen et qui continuera, sans doute, à retenir l’attention dans les prochains mois.

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