Dans un contexte international marqué par une forte instabilité des marchés de l’énergie, l’Égypte a annoncé une série de mesures inédites visant à réduire sa consommation énergétique et à atténuer l’impact de la flambée des prix du carburant. Lors d’une conférence de presse tenue le samedi 28 mars, le Premier ministre Mostafa Madbouly a dévoilé un plan gouvernemental reposant notamment sur l’instauration du télétravail et le ralentissement temporaire de certains grands projets énergivores.
À partir du mois d’avril, le dimanche deviendra officiellement une journée de télétravail pour les secteurs public et privé. Cette mesure, qui exclut toutefois les écoles, les universités ainsi que les secteurs vitaux et de production, sera appliquée dans un premier temps à titre expérimental pendant une durée d’un mois. L’objectif affiché est clair : réduire la consommation d’électricité et de carburant dans un pays où la pression énergétique ne cesse de croître.
Selon le chef du gouvernement, cette décision s’appuie sur une analyse approfondie des habitudes de consommation. Les données recueillies ont montré que les jours fériés et les périodes de congé correspondent à une baisse significative de la demande énergétique. « C’est pour cette raison que nous avons décidé d’introduire cette mesure de manière progressive », a expliqué Mostafa Madbouly, ajoutant que le gouvernement pourrait envisager d’étendre le télétravail à deux jours par semaine si les résultats s’avèrent concluants.
Cependant, cette politique ne s’appliquera pas à tous les secteurs. Les activités industrielles, les stations-service, les services d’assainissement ainsi que les services publics essentiels continueront de fonctionner normalement. Cette exclusion vise à préserver les fonctions critiques de l’économie nationale et à éviter toute perturbation majeure dans les services indispensables à la population.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu, marqué par la hausse continue des prix de l’énergie. La situation est en grande partie liée aux répercussions de la Guerre au Moyen-Orient, qui a entraîné une flambée des cours du pétrole sur les marchés mondiaux. Le prix du Brent a ainsi franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril pendant cinq semaines consécutives, exerçant une pression considérable sur les économies importatrices d’énergie comme l’Égypte.
Les conséquences de cette hausse sont déjà visibles dans les finances publiques. Le Premier ministre a révélé que la facture des importations énergétiques du pays a plus que doublé en l’espace de quelques mois. Elle est passée de 1,2 milliard de dollars en janvier à 1,5 milliard en février, avant d’atteindre 2,5 milliards de dollars en mars. Une augmentation spectaculaire qui met en évidence la vulnérabilité de l’économie égyptienne face aux fluctuations des marchés internationaux.
Face à cette situation, le gouvernement a décidé de prendre des mesures complémentaires, notamment en ralentissant certains projets d’envergure jugés particulièrement énergivores. Pour une période d’au moins deux mois, les ministères devront identifier et suspendre temporairement les initiatives nécessitant une forte consommation d’énergie. Cette décision vise à rediriger les ressources vers les besoins essentiels et à limiter les dépenses dans un contexte budgétaire contraint.
Parallèlement, des restrictions ont été imposées aux entités gouvernementales en matière de consommation de carburant. Les quantités allouées ont été réduites de 30 %, une mesure qui s’inscrit dans une stratégie globale de rationalisation des ressources. Le gouvernement entend ainsi montrer l’exemple en réduisant sa propre consommation avant de demander des efforts supplémentaires aux citoyens.
Ces décisions interviennent alors que les Égyptiens font déjà face à une hausse significative du coût de la vie. L’augmentation de 30 % des prix du carburant a eu un effet direct sur les tarifs des transports, entraînant une hausse des prix des billets de métro et de train pouvant atteindre 25 %. Cette situation pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier pour les populations les plus vulnérables.
Dans ce contexte, les autorités cherchent à équilibrer impératifs économiques et préoccupations sociales. « Nous adoptons ces décisions de manière graduelle afin d’absorber ces chocs et de limiter l’impact sur les citoyens », a assuré Mostafa Madbouly. Toutefois, il n’a pas exclu la possibilité de mesures plus strictes si la crise énergétique venait à s’aggraver.
Outre le télétravail et le ralentissement des projets, le gouvernement a également introduit des mesures visant à réduire la consommation d’électricité dans la vie quotidienne. Les magasins devront désormais fermer leurs portes à 21 heures, avec une extension jusqu’à 22 heures les jeudis, vendredis et jours fériés. De plus, le quartier gouvernemental de la Nouvelle Capitale administrative fermera à 18 heures.
L’éclairage public fait également l’objet de restrictions. Les autorités ont décidé de réduire l’intensité de l’éclairage des routes ainsi que celui des panneaux publicitaires. Cette mesure, bien que symbolique pour certains, pourrait contribuer de manière significative à la réduction de la consommation énergétique à l’échelle nationale.
Ces initiatives témoignent d’une volonté claire du gouvernement égyptien de faire face à une crise énergétique qui dépasse largement ses frontières. En adoptant une approche progressive et diversifiée, les autorités espèrent limiter les répercussions économiques tout en incitant les citoyens et les المؤسسات à adopter des comportements plus responsables en matière de consommation d’énergie.
Toutefois, la réussite de ces mesures dépendra en grande partie de leur acceptation par la population et de leur efficacité à court et moyen terme. Le recours au télétravail, par exemple, représente un changement culturel important pour de nombreux secteurs, notamment dans un pays où la présence physique au travail reste fortement ancrée dans les pratiques professionnelles.
En définitive, la stratégie adoptée par l’Égypte reflète les défis auxquels sont confrontés de nombreux pays dans un contexte de crise énergétique mondiale. Entre nécessité de réduire les dépenses, maintien de l’activité économique et protection du pouvoir d’achat, l’équation est complexe. Mais pour Le Caire, il s’agit avant tout d’anticiper et de s’adapter à une situation incertaine, en espérant que les tensions internationales s’apaisent et que les marchés retrouvent une certaine stabilité.

