N’Djamena – Le Tchad franchit une étape majeure dans sa politique de développement avec la signature officielle du Pacte national de l’eau, un document stratégique appelé à transformer durablement le secteur hydraulique du pays. Paraphé jeudi à l’issue du Forum africain de l’eau, organisé les 15 et 16 juillet à N’Djamena, ce pacte ambitionne de mobiliser 3,8 milliards de dollars sur les cinq prochaines années afin de financer des infrastructures essentielles et d’améliorer l’accès à l’eau potable pour les populations.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », qui fait de la gestion durable des ressources hydriques un pilier central de la transformation économique et sociale du pays. En plaçant l’eau au cœur de ses priorités, le gouvernement tchadien entend répondre à plusieurs défis majeurs, notamment la croissance démographique, les effets du changement climatique, la sécurité alimentaire et le développement des activités agricoles.
La cérémonie de signature s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités nationales et internationales. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, a officiellement signé le document aux côtés de plusieurs membres du gouvernement, devant des représentants d’institutions financières internationales, de partenaires techniques et financiers, ainsi que de nombreuses organisations spécialisées dans la gestion des ressources en eau.
Présenté comme un véritable cadre stratégique de mobilisation des ressources, le Pacte national de l’eau vise à créer les conditions nécessaires pour accélérer les investissements dans un secteur considéré comme déterminant pour l’avenir du pays. Les autorités tchadiennes estiment que les besoins sont considérables, tant en matière d’accès à l’eau potable que de développement des infrastructures hydrauliques destinées à soutenir l’agriculture, l’élevage et les activités économiques.
Le montant global prévu, estimé à 3,8 milliards de dollars, témoigne de l’ampleur des ambitions du gouvernement. Selon les modalités présentées lors du Forum africain de l’eau, environ 20 % de cette enveloppe seront financés directement par l’État tchadien, tandis que les 80 % restants devront être mobilisés auprès des partenaires internationaux, des banques de développement, des bailleurs de fonds et des investisseurs privés.
Cette approche traduit la volonté des autorités de combiner les ressources nationales avec les financements internationaux afin de garantir la réalisation des nombreux projets prévus dans le cadre du pacte. Les responsables gouvernementaux espèrent que ce mécanisme renforcera la confiance des partenaires tout en favorisant une meilleure coordination des investissements dans le secteur de l’eau.
Les fonds mobilisés serviront à financer une vaste série de projets structurants répartis sur l’ensemble du territoire. Parmi les principales priorités figurent le développement de nouvelles infrastructures hydrauliques, l’extension des réseaux d’approvisionnement en eau potable, la modernisation des installations existantes et le renforcement des capacités nationales de gestion des ressources hydriques.
Le gouvernement prévoit également d’accroître les capacités d’irrigation afin de soutenir la production agricole, un secteur qui représente une part importante de l’économie tchadienne et qui demeure fortement dépendant des conditions climatiques. La construction de retenues d’eau, de barrages de petite et moyenne capacité ainsi que de systèmes de stockage constitue également l’un des axes majeurs du programme.
Dans un contexte marqué par une variabilité climatique croissante et des épisodes de sécheresse récurrents, ces infrastructures devraient permettre d’améliorer la disponibilité de l’eau tout au long de l’année et de renforcer la résilience des communautés rurales.
Le Pacte national de l’eau repose sur trois grands piliers stratégiques qui traduisent une approche globale du développement.
Le premier axe, « l’eau pour la population », vise à améliorer durablement l’accès des citoyens à une eau potable de qualité. Malgré les progrès réalisés ces dernières années, une partie importante de la population tchadienne continue de faire face à des difficultés d’approvisionnement, particulièrement dans les zones rurales et les régions les plus éloignées.
Le deuxième axe, « l’eau pour l’alimentation », met l’accent sur le développement de l’agriculture irriguée et la sécurisation de la production alimentaire. En renforçant les infrastructures destinées à l’irrigation, les autorités espèrent accroître les rendements agricoles, limiter les effets des sécheresses et améliorer la sécurité alimentaire nationale.
Enfin, le troisième axe, « l’eau pour la planète », accorde une importance particulière à la protection des ressources naturelles et à la gestion durable des écosystèmes aquatiques. Cette dimension environnementale prend une importance croissante face aux conséquences du changement climatique qui affectent de nombreux pays africains.
La signature de ce pacte intervient dans le prolongement des orientations présentées la veille par le président Mahamat Idriss Déby Itno lors de l’ouverture officielle du Forum africain de l’eau.
Dans son intervention, le chef de l’État avait présenté le Pacte national de l’eau comme l’un des instruments majeurs de sa stratégie de développement, soulignant que l’accès à l’eau constitue un droit fondamental mais également un levier essentiel pour la croissance économique, la santé publique, l’éducation et la réduction de la pauvreté.
Le président tchadien avait également lancé un appel aux partenaires internationaux afin qu’ils accompagnent le pays dans la mise en œuvre de cette ambitieuse feuille de route. Selon lui, les défis liés à l’eau nécessitent une coopération renforcée entre les gouvernements, les institutions financières, les organisations internationales et le secteur privé.
Placé sous le thème « De la vision à l’action », le Forum africain de l’eau a réuni pendant deux jours plusieurs chefs d’État africains, des ministres, des responsables d’organisations internationales, des représentants de banques de développement, des experts du secteur hydraulique ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Les débats ont porté sur les stratégies permettant d’améliorer la gouvernance de l’eau, de renforcer les investissements dans les infrastructures hydrauliques et de promouvoir une gestion durable des ressources en eau face aux défis environnementaux.
Les échanges ont également mis en évidence la nécessité de renforcer la coopération entre les pays africains afin de partager les bonnes pratiques, les innovations technologiques et les mécanismes de financement adaptés aux réalités du continent.
L’initiative tchadienne semble déjà susciter un intérêt au-delà de ses frontières. Plusieurs délégations présentes à N’Djamena ont salué cette approche structurée de mobilisation des ressources.
Le Gabon, notamment, a annoncé son intention d’élaborer à son tour un Pacte national de l’eau, inspiré de l’expérience tchadienne, afin d’accélérer le financement de ses propres projets hydrauliques. D’autres pays africains ont également exprimé leur intérêt pour ce modèle, qui pourrait contribuer à renforcer les investissements dans un secteur essentiel au développement durable.
Cette dynamique illustre une prise de conscience croissante de l’importance stratégique de l’eau en Afrique. Avec une population en forte croissance, une urbanisation rapide et des effets de plus en plus visibles du changement climatique, les besoins en infrastructures hydrauliques devraient continuer d’augmenter dans les années à venir.
Pour le Tchad, la réussite du Pacte national de l’eau dépendra désormais de la capacité des autorités à mobiliser les financements annoncés, à assurer une gestion transparente des ressources et à mettre en œuvre efficacement les projets programmés.
Si les objectifs fixés sont atteints, cette initiative pourrait améliorer durablement les conditions de vie de millions de Tchadiens, renforcer la sécurité alimentaire, soutenir le développement économique et contribuer à une gestion plus durable des ressources naturelles.
À travers ce pacte, le gouvernement affirme sa volonté de faire de l’eau non seulement une priorité nationale, mais aussi un moteur de croissance, de résilience et de prospérité dans le cadre de sa vision « Tchad Connexion 2030 ». Ce projet pourrait ainsi devenir une référence pour d’autres pays africains engagés dans la modernisation de leurs infrastructures et la promotion d’un développement durable centré sur les besoins fondamentaux des populations.
