Niamey, Niger – La capitale nigérienne accueille ce mercredi la deuxième session des consultations entre les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel (AES) et leur homologue russe, Sergueï Lavrov. Cette rencontre marque une nouvelle étape dans le renforcement des relations entre la Russie et les trois États membres de l'AES – le Mali, le Burkina Faso et le Niger – qui poursuivent leur rapprochement diplomatique, sécuritaire et économique avec Moscou.
Organisée au Centre international de conférences Mahatma Gandhi de Niamey, cette réunion intervient quelques mois après les premières consultations tenues à Moscou en avril 2025. Elle témoigne de la volonté des deux parties d'institutionnaliser un dialogue politique régulier autour des enjeux majeurs qui touchent la région sahélienne, notamment la lutte contre le terrorisme, la coopération militaire, le développement économique et la coordination diplomatique sur la scène internationale.
Depuis plusieurs années, les relations entre la Russie et les pays de l'AES connaissent une progression constante. Cette dynamique s'est accélérée après les changements politiques intervenus au Mali en 2020, au Burkina Faso en 2022 et au Niger en 2023, conduisant les nouvelles autorités à revoir profondément leurs partenariats internationaux. Dans cette nouvelle orientation diplomatique, Moscou s'est progressivement imposée comme un partenaire privilégié dans plusieurs domaines stratégiques.
Lors des consultations de Moscou en avril dernier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait souligné l'importance de maintenir un dialogue permanent avec les dirigeants sahéliens. Il avait salué la création de la Confédération des États du Sahel, qu'il avait présentée comme une initiative favorisant une meilleure coordination régionale face aux défis sécuritaires et au développement.
À cette occasion, la Russie avait également exprimé sa disponibilité à soutenir la future force militaire conjointe de l'AES. Moscou s'était engagée à accompagner les trois États à travers la fourniture d'équipements militaires, la formation des forces armées, le partage d'expertise ainsi qu'un appui technique destiné à renforcer les capacités opérationnelles des armées nationales.
Depuis ces engagements, plusieurs initiatives de coopération ont été mises en œuvre. Le Mali, premier partenaire militaire de la Russie dans la région, a poursuivi ses programmes de formation avec les instructeurs russes, tandis que les échanges entre les états-majors des deux pays se sont intensifiés. Le Burkina Faso et le Niger ont, eux aussi, multiplié les contacts diplomatiques et sécuritaires avec Moscou afin d'élargir leur coopération dans les domaines de la défense, du renseignement et de la lutte contre les groupes armés.
Cette évolution traduit une profonde recomposition géopolitique au Sahel. Les relations entre les pays de l'AES et plusieurs partenaires occidentaux, notamment la France, se sont progressivement détériorées à la suite des différents changements de régime intervenus dans ces États. Les autorités militaires ont régulièrement dénoncé ce qu'elles considèrent comme une ingérence extérieure dans leurs affaires internes, tout en affirmant leur volonté de défendre pleinement leur souveraineté nationale.
Ces tensions ont conduit au retrait progressif des forces françaises présentes au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Elles ont également entraîné une redéfinition des alliances stratégiques de ces pays, désormais orientées vers une diversification de leurs partenaires internationaux. Dans ce contexte, la Russie apparaît comme un acteur majeur offrant une coopération jugée plus adaptée aux priorités sécuritaires des gouvernements sahéliens.
Au-delà de la dimension militaire, Moscou cherche également à développer ses relations économiques avec les États membres de l'AES. Les discussions portent notamment sur les secteurs de l'énergie, des infrastructures, de l'exploitation minière, de l'agriculture et de la formation professionnelle. Les autorités des trois pays souhaitent attirer davantage d'investissements russes afin de soutenir leurs ambitions de développement économique tout en réduisant leur dépendance vis-à-vis de certains partenaires traditionnels.
La diplomatie constitue également un axe important de ce partenariat en pleine expansion. Lors des consultations précédentes, les ministres des Affaires étrangères de l'AES avaient insisté sur la nécessité de renforcer leur coordination avec la Russie au sein des grandes organisations internationales, notamment les Nations unies. L'objectif affiché est de défendre des positions communes sur plusieurs dossiers internationaux, tout en plaidant pour un ordre mondial plus équilibré et davantage respectueux de la souveraineté des États.
La rencontre de Niamey devrait ainsi permettre de faire le point sur les engagements pris lors de la première session et d'évaluer les progrès réalisés dans différents domaines de coopération. Les discussions pourraient également aboutir à l'adoption de nouvelles initiatives destinées à renforcer davantage les liens entre la Russie et les pays de l'AES.
Parmi les principaux sujets attendus figurent le développement de la force militaire conjointe de la Confédération des États du Sahel, le renforcement des capacités de défense des armées nationales, l'intensification des échanges commerciaux ainsi que la mise en place de nouveaux mécanismes de coopération économique. Les questions liées à la sécurité alimentaire, à la formation des jeunes, aux infrastructures et aux nouvelles technologies pourraient également être abordées.
Pour les autorités sahéliennes, cette deuxième session des consultations représente une occasion de confirmer leur stratégie de diversification des partenariats internationaux. Elles entendent démontrer que la coopération avec la Russie s'inscrit dans une politique étrangère fondée sur la recherche de partenaires capables d'accompagner leurs priorités nationales sans condition politique.
Du côté de Moscou, cette rencontre s'inscrit dans une politique plus large visant à renforcer sa présence diplomatique, économique et sécuritaire sur le continent africain. Depuis plusieurs années, la Russie multiplie les initiatives en Afrique à travers des accords bilatéraux, des sommets Russie-Afrique et des partenariats dans les domaines de la défense, de l'énergie et des ressources naturelles.
Les consultations de Niamey illustrent ainsi la montée en puissance d'un partenariat qui dépasse désormais le seul cadre sécuritaire. Elles traduisent la volonté commune de bâtir une coopération durable fondée sur des intérêts stratégiques partagés et une vision commune des enjeux internationaux.
À l'issue de cette réunion, plusieurs annonces pourraient être faites concernant de nouveaux accords de coopération ou des mécanismes de suivi destinés à assurer la mise en œuvre des décisions prises. Si les attentes sont importantes, cette deuxième session apparaît surtout comme une étape supplémentaire dans la consolidation des relations entre la Russie et la Confédération des États du Sahel.
Dans un contexte régional marqué par la persistance des menaces sécuritaires, les défis économiques et les recompositions diplomatiques, le dialogue entre Moscou et l'AES semble désormais appelé à s'inscrire dans la durée. La rencontre de Niamey pourrait ainsi ouvrir un nouveau chapitre de cette coopération stratégique qui redessine progressivement les équilibres géopolitiques au Sahel.

