Antananarivo – À l'occasion de la célébration de la fête nationale française, organisée le 14 juillet à la Résidence de France à Ivandry, l'ambassadeur de France à Madagascar, Arnaud Guillois, a prononcé son dernier discours officiel avant son départ. Devant des représentants des autorités malgaches, du corps diplomatique, des partenaires internationaux et du monde économique, le diplomate a dressé un bilan de plusieurs années de coopération entre la France et Madagascar tout en lançant un appel en faveur d'un partenariat durable, stable et transparent.
Dans une allocution empreinte de diplomatie, Arnaud Guillois a insisté sur la solidité des relations qui unissent la France, l'Union européenne et Madagascar. Son message s'est voulu rassurant dans un contexte international marqué par de profondes mutations géopolitiques. Selon lui, Madagascar peut continuer à compter sur des partenaires engagés sur le long terme, capables d'accompagner le pays dans ses ambitions de développement.
« Pas des partenaires d'un jour, mais des partenaires de toujours », a déclaré l'ambassadeur devant ses invités. Cette formule résume la philosophie de la coopération française avec la Grande Île. Pour le diplomate, la France et les États membres de l'Union européenne ne se limitent pas à des interventions ponctuelles. Ils souhaitent inscrire leur action dans la durée afin de contribuer à la prospérité, à la stabilité politique et au renforcement de la démocratie malgache.
Ce discours revêtait une portée particulière puisqu'il s'agissait de la dernière intervention officielle d'Arnaud Guillois en qualité d'ambassadeur de France à Madagascar. Après plusieurs années passées dans le pays, le diplomate quitte ses fonctions en laissant derrière lui un bilan marqué par de nombreux projets de coopération dans des domaines aussi variés que les infrastructures, la santé, l'éducation, l'environnement, la sécurité, la gouvernance et le développement économique.
Au-delà du caractère protocolaire de la cérémonie, cette prise de parole a permis au représentant français de rappeler les fondements historiques de la relation entre les deux pays. Madagascar et la France entretiennent depuis plusieurs décennies des liens humains, culturels, économiques et diplomatiques particulièrement étroits. Des centaines de milliers de personnes possèdent des attaches familiales ou professionnelles entre les deux nations, renforçant une proximité qui dépasse largement le cadre institutionnel.
Selon Arnaud Guillois, cette histoire commune constitue un atout majeur pour construire un partenariat équilibré capable de répondre aux défis contemporains. Il estime que la coopération franco-malgache repose sur une confiance mutuelle forgée au fil du temps et sur des intérêts partagés dans l'océan Indien, région devenue stratégique tant sur le plan économique que sécuritaire.
L'ambassadeur a également évoqué le soutien apporté par la France au processus politique engagé à Madagascar dans le cadre de la Refondation de la République. Il a rappelé que Paris avait choisi d'accompagner les autorités malgaches dès le lancement de cette nouvelle orientation politique, en maintenant ses programmes de coopération tout en les adaptant aux priorités affichées par le gouvernement.
Selon lui, cet engagement repose sur la volonté d'accompagner les aspirations de la population malgache vers un développement durable et inclusif. Toutefois, le diplomate a également rappelé que les partenaires européens restent attentifs à l'évolution de la situation politique du pays.
Dans son intervention, Arnaud Guillois a exprimé le souhait que les engagements pris dans le cadre de la Refondation puissent se traduire concrètement par des avancées démocratiques. Il a notamment insisté sur l'importance d'organiser des élections libres, transparentes, crédibles et équitables d'ici à la fin de l'année 2027, conformément aux engagements annoncés par les autorités malgaches.
Cette référence au calendrier électoral traduit l'attachement de la France et de l'Union européenne aux principes démocratiques et à la consolidation des institutions. Sans remettre en cause la souveraineté de Madagascar, le diplomate a rappelé que la stabilité politique demeure une condition essentielle pour attirer les investissements et favoriser une croissance économique durable.
Le volet économique a d'ailleurs occupé une place importante dans son discours. Arnaud Guillois a rappelé que la France demeure l'un des principaux partenaires économiques de Madagascar grâce à la présence de cinquante-cinq filiales d'entreprises françaises et de plusieurs centaines d'entreprises disposant de capitaux français.
Ces investissements représentent plusieurs milliers d'emplois directs et indirects dans différents secteurs tels que les télécommunications, les services, les infrastructures, l'énergie, l'industrie, l'agriculture et le commerce. Pour le diplomate, ces entreprises participent activement au développement économique du pays tout en favorisant les transferts de compétences et la formation professionnelle.
Cependant, il a souligné que les investisseurs internationaux ont besoin d'un environnement économique stable et prévisible. La sécurité juridique, la transparence administrative et l'amélioration du climat des affaires constituent, selon lui, des éléments indispensables pour encourager de nouveaux investissements capables de soutenir une croissance inclusive.
L'ambassadeur a également mis en avant le rôle majeur de l'Agence française de développement (AFD), qui finance depuis plusieurs années des projets structurants à Madagascar. Ces programmes concernent notamment l'accès à l'eau potable, les infrastructures routières, la santé publique, l'éducation, l'agriculture, la protection de l'environnement ainsi que la lutte contre les effets du changement climatique.
La coopération entre la France, l'Union européenne et Madagascar s'étend également aux questions de sécurité et de défense. Arnaud Guillois a confirmé la volonté de son pays de poursuivre le renforcement de cette collaboration dans un contexte régional marqué par de nouvelles menaces sécuritaires dans l'océan Indien.
À ce titre, il a réaffirmé la disponibilité de la France pour relancer le projet de réhabilitation des infrastructures portuaires civiles de Diego-Suarez, aujourd'hui Antsiranana. Ce projet est considéré comme stratégique pour le développement économique de la région nord de Madagascar ainsi que pour le renforcement des échanges maritimes dans l'océan Indien.
Ce dossier revêt également une dimension géopolitique importante. Depuis plusieurs mois, plusieurs puissances étrangères manifestent un intérêt croissant pour les infrastructures stratégiques malgaches. La Russie figure notamment parmi les pays ayant affiché leur intérêt pour certains projets de coopération économique et portuaire.
Sans jamais citer directement une quelconque rivalité diplomatique, Arnaud Guillois a néanmoins rappelé que la France privilégie une coopération fondée sur la transparence, la fiabilité et la continuité. À travers ces propos, le diplomate semble avoir voulu distinguer l'approche européenne d'autres formes de partenariats qui se développent actuellement sur le continent africain.
Le contexte international a également occupé une place importante dans son allocution. L'ambassadeur est revenu sur les conséquences mondiales de la guerre en Ukraine, soulignant que ce conflit affecte également Madagascar à travers la hausse des prix des matières premières, des produits alimentaires et de l'énergie.
Il a également évoqué l'utilisation présumée du pavillon malgache par certains navires appartenant à la flotte fantôme russe, une situation qui préoccupe plusieurs partenaires internationaux en raison des enjeux liés au respect du droit maritime et aux sanctions internationales.
Enfin, Arnaud Guillois a rappelé les principes contenus dans la Déclaration de Nairobi pour la paix et la sécurité en Afrique, adoptée lors du sommet Africa Forward organisé au Kenya. Il a insisté sur le rejet des ingérences extérieures, de la privatisation de la sécurité et du recours au mercenariat sur le continent africain.
Cette référence a été largement interprétée comme un message diplomatique adressé aux différents acteurs internationaux qui cherchent à renforcer leur influence en Afrique dans un contexte de compétition géopolitique croissante.
À travers cette ultime intervention, Arnaud Guillois laisse l'image d'un diplomate soucieux de préserver une relation historique entre la France et Madagascar tout en appelant à une coopération fondée sur la confiance, la stabilité et le respect mutuel. Son discours témoigne également de la volonté de Paris et de l'Union européenne de poursuivre leur engagement auprès de la Grande Île, dans un environnement international de plus en plus complexe.
Au moment de quitter ses fonctions, l'ambassadeur a voulu rappeler que les liens entre Madagascar, la France et l'Union européenne ne reposent pas uniquement sur des intérêts stratégiques ou économiques, mais également sur une histoire commune, des valeurs partagées et une ambition commune : accompagner durablement le développement d'un Madagascar prospère, démocratique et stable au bénéfice de l'ensemble de sa population.
