La visite du président français Emmanuel Macron à Nairobi marque une nouvelle étape dans les relations entre la France et le continent africain. À l’occasion du sommet « Africa Forward », organisé au Kenya, plus d’un milliard d’euros d’investissements ont été signés entre des entreprises françaises et plusieurs partenaires africains. Cet événement diplomatique et économique, considéré comme historique, témoigne de la volonté de Paris de renforcer sa présence économique en Afrique dans un contexte international marqué par une concurrence croissante entre puissances étrangères sur le continent.
Le sommet « Africa Forward », qui se tient lundi et mardi à Nairobi, constitue une première majeure. En effet, il s’agit du premier grand sommet franco-africain organisé hors de France ou d’un pays francophone depuis plus d’un demi-siècle. Ce choix du Kenya, puissance économique d’Afrique de l’Est, n’est pas anodin. Il traduit la volonté française de diversifier ses partenariats africains et de s’ouvrir davantage aux pays anglophones du continent.
Au cœur des discussions figurent plusieurs enjeux majeurs : le financement du développement, la réforme de l’architecture financière internationale, les investissements dans les infrastructures, la santé publique, la connectivité numérique ainsi que les transitions énergétiques. Plus de trente chefs d’État et de gouvernement africains participent à cette rencontre, accompagnés de milliers d’acteurs économiques, diplomatiques et représentants de la société civile.
Le forum économique organisé en marge du sommet réunit environ 6 000 participants, parmi lesquels des chefs d’entreprise, des investisseurs, des entrepreneurs africains et européens ainsi que des représentants d’organisations internationales. Les accords signés concernent notamment les secteurs des énergies renouvelables, des transports, des technologies numériques, de l’agriculture durable et des infrastructures urbaines.
Lors de son intervention, le président kényan William Ruto a salué un tournant important dans les relations entre l’Afrique et la France. Selon lui, cette nouvelle dynamique représente « le signal d’un changement vers un partenariat plus large, plus inclusif, fondé sur le respect de la souveraineté et le bénéfice mutuel ». Une déclaration qui reflète les attentes croissantes des pays africains en matière de coopération internationale équilibrée.
De son côté, Emmanuel Macron a mis en avant les progrès réalisés dans les relations économiques franco-kényanes au cours des dernières années. Le chef de l’État français a rappelé que les investissements français au Kenya sont passés de trois milliards d’euros répartis sur trois décennies à près de 1,8 milliard d’euros sur la seule dernière décennie. Il a également souligné l’augmentation considérable du nombre d’entreprises françaises implantées au Kenya, passées de 35 en 2012 à près de 140 aujourd’hui.
Selon les autorités françaises, ces entreprises représentent désormais environ 36 000 emplois directs dans le pays. Cette présence économique renforcée illustre la volonté des investisseurs français de miser sur le potentiel du marché kényan, considéré comme l’un des plus dynamiques du continent africain.
Le Kenya apparaît aujourd’hui comme une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique de l’Est grâce à sa stabilité économique relative, son secteur technologique en pleine expansion et son rôle de plateforme régionale pour les investissements étrangers. Nairobi, souvent surnommée la « Silicon Savannah », attire de nombreuses entreprises innovantes spécialisées dans les technologies financières, les télécommunications et les services numériques.
Pour la France, le sommet « Africa Forward » vise également à redorer son image en Afrique après plusieurs années de tensions diplomatiques dans certaines régions du continent, notamment au Sahel. Paris cherche désormais à promouvoir une approche davantage axée sur les partenariats économiques, l’innovation et les investissements privés plutôt que sur les relations exclusivement sécuritaires.
Interrogé sur l’absence des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Emmanuel Macron a tenu à relativiser cette situation. Le président français a indiqué que plusieurs grands dirigeants ouest-africains seraient présents au sommet, citant notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ainsi que des pays d’Afrique centrale comme le Gabon et la République démocratique du Congo.
Concernant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Emmanuel Macron a affirmé que ces pays avaient eux-mêmes choisi de se mettre à l’écart de cette rencontre. Toutefois, il a précisé que des représentants de la société civile issus de ces nations — intellectuels, artistes, entrepreneurs et jeunes leaders — participeraient aux travaux du sommet.
Cette précision traduit la stratégie française actuelle visant à maintenir des liens avec les populations africaines malgré les tensions diplomatiques avec certains gouvernements militaires du Sahel. Depuis plusieurs années, les relations entre Paris et plusieurs capitales sahéliennes se sont fortement dégradées à la suite des changements politiques et des critiques visant la présence française dans la région.
Le sommet « Africa Forward » intervient également dans un contexte international marqué par une forte compétition économique en Afrique. Des puissances comme la Chine, les États-Unis, la Turquie, les Émirats arabes unis ou encore la Russie renforcent leur influence sur le continent à travers des investissements massifs et des partenariats stratégiques.
Face à cette concurrence, la France tente de repositionner sa diplomatie économique en mettant en avant des projets concrets créateurs d’emplois et de croissance. Les autorités françaises insistent désormais sur une logique de co-construction avec les partenaires africains, fondée sur les besoins exprimés localement et la recherche d’avantages mutuels.
Plusieurs observateurs estiment que ce sommet pourrait ouvrir une nouvelle phase dans les relations entre la France et l’Afrique, notamment avec les pays anglophones et les économies émergentes du continent. Le succès de cette initiative dépendra toutefois de la capacité des différents partenaires à transformer les engagements financiers annoncés en projets réels et durables.
À Nairobi, les discussions se poursuivent autour des grands défis économiques et climatiques auxquels fait face l’Afrique. Entre ambitions diplomatiques, enjeux de développement et bataille d’influence internationale, le sommet « Africa Forward » apparaît déjà comme un rendez-vous majeur pour l’avenir des relations afro-européennes.

