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Éthiopie : le parti au pouvoir conserve sa majorité écrasante malgré un scrutin marqué par l’insécurité

Addis-Abeba – Le parti au pouvoir en Éthiopie a conservé une majorité écrasante au Parlement à l’issue des élections législatives du 1er juin, selon les résultats officiels publiés dimanche par la Commission électorale nationale. Cette victoire permet au Premier ministre Abiy Ahmed de consolider son pouvoir et ouvre la voie à un nouveau mandat de cinq ans à la tête du pays.

Le Parti de la Prospérité a remporté 438 des 501 sièges de la Chambre des représentants, confirmant ainsi sa domination sur la scène politique nationale. Le nouveau Parlement devrait se réunir en octobre afin de procéder à la réélection officielle du chef du gouvernement.

Toutefois, derrière cette victoire électorale se cache une réalité plus complexe. Le scrutin s’est déroulé dans un climat marqué par l’insécurité, les tensions politiques et les critiques de l’opposition, qui dénonce un processus électoral ni libre ni équitable.

Un scrutin perturbé par les conflits armés

Les élections se sont tenues dans un contexte de violences persistantes dans plusieurs régions du pays. Les autorités électorales ont indiqué que 143 bureaux de vote n’avaient pas pu ouvrir en raison de problèmes de sécurité, principalement dans les régions d’Oromia et d’Amhara.

Dans la région d’Amhara, les affrontements entre le groupe armé Fano et les forces fédérales continuent de déstabiliser plusieurs localités. En Oromia, les combats opposent le gouvernement aux rebelles de l’Armée de libération Oromo. Ces mouvements armés refusent en partie les initiatives de désarmement lancées par les autorités fédérales, alimentant un climat de méfiance et de violence.

Malgré ces difficultés, la Commission électorale a annoncé un taux de participation exceptionnel de 94 %. Plus de 50 millions d’électeurs étaient inscrits sur les listes électorales, pour une population nationale estimée à environ 130 millions d’habitants.

Ce chiffre témoigne de l’importance de l’élection pour de nombreux Éthiopiens, même si certains observateurs s’interrogent sur les conditions dans lesquelles cette participation a été obtenue.

Le Tigré toujours absent du processus politique

L’un des aspects les plus controversés du scrutin reste l’exclusion de la région du Tigré. Cette région, dévastée par une guerre particulièrement meurtrière entre les forces fédérales et les autorités régionales, n’a une nouvelle fois pas participé aux élections.

Des centaines de milliers de personnes auraient perdu la vie au cours de ce conflit qui a profondément marqué le pays. Depuis six ans, le Tigré ne dispose plus de représentation au niveau fédéral, une situation qui contribue à accentuer son isolement politique.

Pour de nombreux analystes, cette absence soulève des interrogations sur la représentativité réelle du Parlement issu des urnes. Une partie importante de la population éthiopienne demeure ainsi privée de voix dans les institutions nationales.

La Commission électorale défend son impartialité

Face aux critiques, la présidente de la Commission électorale, Melatwork Hailu, a affirmé que l’institution avait agi dans le strict respect des règles démocratiques.

Selon elle, la Commission a maintenu sa neutralité institutionnelle tout au long du processus électoral et a appliqué les lois ainsi que les directives électorales sans subir d’interférences extérieures.

Des observateurs internationaux étaient également présents pour superviser le scrutin. Parmi eux figuraient des représentants de l’Union africaine et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.

Leur présence a contribué à donner une certaine crédibilité internationale à l’élection. Toutefois, plusieurs organisations de la société civile ont critiqué ces missions d’observation, estimant qu’elles avaient déployé trop peu de personnel et qu’elles étaient restées principalement concentrées à Addis-Abeba, sans pouvoir évaluer correctement la situation dans les régions les plus sensibles.

Une opposition marginalisée

Les critiques les plus sévères proviennent cependant de l’opposition politique. Plusieurs partis et figures contestataires affirment que les conditions nécessaires à une compétition démocratique véritable n’étaient pas réunies.

Selon eux, de nombreux opposants n’ont pas pu participer au scrutin. Certains ont été arrêtés, d’autres ont choisi l’exil, tandis que plusieurs militants auraient disparu dans des circonstances non élucidées.

Ce climat de répression a considérablement réduit les possibilités d’une compétition électorale équilibrée. Plusieurs candidats ayant tout de même participé à l’élection affirment avoir été victimes d’intimidations et de harcèlement durant leur campagne.

C’est notamment le cas de Yitayal Assefa, candidat sous la bannière du Parti de l’Unité de toute l’Éthiopie. Battu lors du scrutin, il estime que le gouvernement disposait d’un avantage considérable.

Selon lui, sa candidature relevait davantage d’un acte de résistance politique que d’une véritable possibilité de victoire.

« Ma participation n’était pas motivée par l’espoir de gagner, mais par la volonté de défendre mes idées et ma voix dans un système où le parti au pouvoir était assuré de l’emporter », a-t-il déclaré.

Un vote qualifié de « mascarade » par certains opposants

Parmi les critiques les plus virulentes figure également Merara Gudina, professeur à l’Université d’Addis-Abeba et figure historique de l’opposition.

Refusant de participer à l’élection, il a qualifié le scrutin de « mascarade ». Selon lui, la victoire du parti gouvernemental était prévisible dès le départ compte tenu des conditions politiques existantes.

Il estime également que les résultats risquent d’aggraver l’instabilité du pays. Pour de nombreux observateurs, cette inquiétude n’est pas sans fondement. L’Éthiopie traverse actuellement une période délicate marquée par des tensions ethniques, des conflits armés et des difficultés économiques importantes.

Le paradoxe du parcours d’Abiy Ahmed

L’évolution politique de l’Éthiopie est d’autant plus scrutée que le parcours d’Abiy Ahmed avait suscité beaucoup d’espoirs lors de son arrivée au pouvoir.

En 2019, le Premier ministre avait reçu le prestigieux Prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à plusieurs décennies de tensions avec le pays voisin, Érythrée.

À l’époque, il incarnait une nouvelle génération de dirigeants africains promettant réformes démocratiques, ouverture politique et réconciliation nationale.

Cependant, au fil des années, son gouvernement a été accusé par plusieurs organisations internationales de violations des droits humains, notamment à l’encontre de journalistes, d’opposants politiques et de militants de la société civile.

Les critiques estiment que les promesses de démocratisation formulées au début de son mandat n’ont pas été pleinement tenues.

Des tensions régionales persistantes

Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont également détériorées récemment. Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir certains groupes rebelles opérant sur son territoire dans le but de déstabiliser le gouvernement fédéral.

De son côté, l’Érythrée reproche à l’Éthiopie de nourrir des ambitions sur ses infrastructures portuaires stratégiques situées sur la mer Rouge.

Ces tensions régionales viennent s’ajouter aux défis internes auxquels le gouvernement doit faire face.

Un mandat sous haute surveillance

Avec cette nouvelle victoire électorale, Abiy Ahmed obtient une légitimité institutionnelle renforcée. Toutefois, les défis qui l’attendent demeurent considérables.

La pacification des régions en conflit, la réconciliation nationale, la reconstruction du Tigré et l’amélioration de la situation économique figurent parmi les priorités les plus urgentes.

Si le scrutin confirme la domination politique du Parti de la Prospérité, il met également en lumière les profondes fractures qui traversent encore l’Éthiopie. Le prochain mandat d’Abiy Ahmed sera donc observé avec attention, tant à l’intérieur du pays que sur la scène internationale, alors que l’avenir politique de la deuxième nation la plus peuplée d’Afrique reste incertain.

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