Niamey, Niger – Une nouvelle étape a été franchie dans les relations entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la Fédération de Russie. Réunis à Niamey à l'occasion de leur deuxième session ministérielle, les ministres des Affaires étrangères des deux partenaires ont signé un mémorandum instituant un mécanisme permanent de consultations diplomatiques. Cet accord marque une volonté commune de consolider un partenariat stratégique qui dépasse désormais les seules questions sécuritaires pour s'étendre aux domaines diplomatique, économique et commercial.
La rencontre, qui s'est tenue dans la capitale nigérienne, a rassemblé les chefs de la diplomatie des trois États membres de l'AES – Abdoulaye Diop pour le Mali, Karamoko Jean Marie Traoré pour le Burkina Faso et Bakary Yaou Sangaré pour le Niger – ainsi que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Ensemble, ils ont réaffirmé leur engagement à renforcer une coopération fondée sur les principes du respect mutuel, de l'égalité souveraine des États, de la non-ingérence dans les affaires intérieures et de la défense d'intérêts communs.
Cette deuxième session ministérielle s'inscrit dans la continuité de la première réunion organisée à Moscou en avril 2025. À cette occasion, les deux parties avaient jeté les bases d'un partenariat multidimensionnel couvrant les secteurs de la sécurité, de la défense, de la diplomatie, du commerce et du développement économique. Depuis cette première rencontre, plusieurs initiatives ont été engagées afin de renforcer les échanges entre les deux partenaires. Les ministres ont d'ailleurs salué les progrès accomplis et adopté un nouveau plan de consultations couvrant la période 2026-2027.
L'un des principaux résultats de cette session demeure la signature du mémorandum instituant un mécanisme permanent de concertation entre les ministères des Affaires étrangères. Ce dispositif vise à assurer un suivi régulier des décisions prises lors des rencontres ministérielles, à améliorer la coordination diplomatique et à favoriser une concertation plus étroite sur les grandes questions régionales et internationales.
Lors de son intervention, le ministre malien Abdoulaye Diop a souligné que la coopération entre l'AES et la Russie connaît une évolution significative. Selon lui, ce partenariat ne se limite plus à la coopération militaire mais englobe désormais les dimensions politique, économique, commerciale et diplomatique. Dans un contexte régional marqué par la persistance des menaces terroristes, des défis sécuritaires et des pressions internationales, il a estimé que cette diversification des relations constitue une réponse adaptée aux besoins des pays de la Confédération.
De son côté, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a réaffirmé la volonté de Moscou de développer un partenariat qualifié de « mutuellement bénéfique » avec les États de l'AES. Il a insisté sur l'importance de bâtir des relations fondées sur la confiance, le respect de la souveraineté nationale et la recherche d'avantages réciproques. La Russie entend ainsi poursuivre son engagement auprès des pays sahéliens dans plusieurs secteurs jugés prioritaires.
Sur le plan sécuritaire, les discussions ont porté sur le renforcement des capacités opérationnelles des armées nationales des États membres de l'AES ainsi que sur le développement de la Force unifiée de la Confédération (FU-AES). Moscou a réaffirmé sa disponibilité à poursuivre son appui en matière de formation, d'équipements et de coopération militaire. Les ministres ont convenu d'intensifier les efforts afin d'accélérer l'opérationnalisation de cette force régionale, considérée comme un instrument essentiel dans la lutte contre le terrorisme et l'insécurité au Sahel.
Le communiqué final adopté à l'issue de la rencontre condamne avec fermeté les attaques terroristes perpétrées contre les États membres de l'AES. Les participants ont renouvelé leur détermination à renforcer leur coopération afin de faire face aux groupes armés qui menacent la stabilité de la région. Le document évoque également l'implication présumée de certains acteurs étatiques extérieurs dans des actions qualifiées de déstabilisatrices contre les pays de la Confédération, tout en appelant à une vigilance accrue face aux menaces pesant sur la souveraineté des États.
Au-delà des questions sécuritaires, les deux parties souhaitent renforcer leur coopération diplomatique sur la scène internationale. Les ministres ont convenu de mieux coordonner leurs positions au sein des Nations unies ainsi que dans d'autres organisations internationales. Ils ont réaffirmé leur attachement à la promotion d'un ordre international présenté comme plus équitable, respectueux de la souveraineté des États et opposé aux pratiques assimilées au néocolonialisme.
Le développement économique constitue également un axe majeur du partenariat AES-Russie. Les ministres ont exprimé leur volonté de promouvoir des projets structurants susceptibles de soutenir la croissance économique des pays sahéliens. À cet effet, ils envisagent de s'appuyer sur la Banque confédérale pour l'investissement et le développement (BCID-AES) ainsi que sur les institutions financières russes compétentes afin de faciliter le financement de projets d'infrastructures, d'énergie, d'agriculture et d'industrialisation.
Les échanges commerciaux entre les opérateurs économiques des deux parties devraient également être renforcés. Les responsables ont encouragé les entreprises russes et celles de l'AES à multiplier les partenariats, conformément aux orientations de la feuille de route de l'an II de la Confédération. Cette dynamique vise à favoriser les investissements, le transfert de technologies et la création d'opportunités économiques profitables aux populations des pays concernés.
Avant son arrivée à Niamey, Sergueï Lavrov avait effectué une visite à Addis-Abeba où il s'était entretenu avec le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf. Les discussions avaient porté sur les relations entre la Russie et l'Union africaine, mais aussi sur les enjeux de paix et de sécurité sur le continent, avec une attention particulière accordée à la situation dans le Sahel. Cette étape diplomatique illustre la volonté de Moscou d'intensifier son dialogue avec les institutions africaines dans un contexte géopolitique en pleine évolution.
La signature du mémorandum de Niamey apparaît ainsi comme un jalon important dans le rapprochement entre la Russie et la Confédération des États du Sahel. Elle traduit la volonté des deux partenaires d'inscrire leur coopération dans la durée, en mettant en place des mécanismes institutionnels capables d'assurer le suivi des engagements et de favoriser un dialogue politique régulier.
Conformément au principe d'alternance adopté entre les deux parties, la troisième session ministérielle AES-Russie se tiendra en 2027 en Fédération de Russie. Ce prochain rendez-vous permettra d'évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des engagements pris à Niamey et de définir de nouvelles perspectives pour un partenariat appelé à jouer un rôle croissant dans les relations entre la Russie et les pays du Sahel.

