Banjul — La colère ne cesse de grandir en Gambie. Pour la troisième nuit consécutive, des manifestations violentes ont éclaté mercredi soir dans plusieurs zones urbaines du pays, alors que les habitants dénoncent des coupures d’électricité devenues de plus en plus longues et fréquentes. À Tujereng, une localité située sur la côte, un commissariat de police a été incendié et détruit par des manifestants en colère.
Ces protestations traduisent un profond mécontentement populaire face à une crise énergétique qui dure depuis plusieurs mois. Les coupures répétées paralysent les entreprises, perturbent les activités économiques et compliquent considérablement la vie quotidienne des populations, particulièrement pendant la saison chaude.
Les manifestations avaient déjà commencé lundi soir et s’étaient poursuivies mardi. Mercredi, la colère a pris une nouvelle ampleur dans plusieurs villes et quartiers de la région urbaine gambienne.
Une troisième nuit de colère
À Tujereng, de jeunes manifestants exaspérés par les longues interruptions d’électricité sont descendus dans les rues. La situation a rapidement dégénéré lorsqu’un groupe a mis le feu à un poste de police. Les protestataires ont également appelé le gouvernement à démissionner, accusant les autorités de ne pas apporter de réponse efficace à la crise énergétique.
Des scènes similaires ont été observées à Bakau. Dans cette ville très peuplée, des manifestants ont organisé une marche en tenant des bougies allumées, symbole de leur quotidien dans l’obscurité. Ils ont scandé des slogans hostiles au gouvernement et demandé le départ du président Adama Barrow.
La contestation s’est également étendue à plusieurs quartiers et localités périurbaines, notamment Brufut, Ebo Town, Tallinding et Sukuta. Dans ces différentes zones, les habitants réclament des mesures urgentes pour mettre fin aux coupures et demandent que les responsables de la crise rendent des comptes.
La colère vise particulièrement les dirigeants de la National Water and Electricity Company (Nawec), l’entreprise publique chargée notamment de la distribution d’eau et d’électricité. Certains manifestants l’accusent de mauvaise gestion et de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour résoudre une crise énergétique qui affecte régulièrement le pays.
Des coupures qui paralysent la vie quotidienne
La crise énergétique gambienne n’est pas nouvelle, mais elle s’est considérablement aggravée ces derniers mois. Les coupures se sont notamment intensifiées à partir du mois de juin, provoquant une accumulation de frustration au sein de la population.
Dans certaines zones urbaines, les interruptions peuvent durer jusqu’à 72 heures. Pour les familles, les conséquences sont importantes : impossibilité de conserver correctement les aliments, difficultés pour travailler ou étudier, problèmes de communication et conditions de vie particulièrement difficiles pendant les périodes de forte chaleur.
Les entreprises sont également durement touchées. Les commerces, restaurants, ateliers et autres activités économiques dépendent largement de l’électricité pour fonctionner. Lorsque le courant disparaît pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, les pertes financières peuvent rapidement devenir importantes.
Face à cette situation, de plus en plus de ménages et d'entreprises se tournent vers l’énergie solaire. Les panneaux solaires et les batteries apparaissent comme une solution alternative pour ceux qui disposent des moyens financiers nécessaires. Mais cette transition reste difficile pour une grande partie de la population, notamment en raison du coût élevé des équipements.
La chaleur accentue les difficultés
La situation s’est aggravée pendant la saison chaude, période durant laquelle la demande en électricité et en eau augmente fortement. Les températures élevées poussent les habitants à utiliser davantage de ventilateurs, de climatiseurs et d’autres équipements électriques.
Or, lorsque la demande augmente alors que la production reste insuffisante, le réseau se retrouve sous pression. Les coupures deviennent alors plus fréquentes et plus longues, alimentant un cercle vicieux particulièrement difficile à interrompre.
Les pénuries d’eau viennent également aggraver les difficultés. Dans certaines zones, les habitants doivent faire face simultanément à des problèmes d’approvisionnement en eau et en électricité.
Cette situation touche particulièrement les familles modestes, qui disposent de moins de moyens pour acheter des générateurs, des panneaux solaires ou des batteries de secours.
Une dépendance régionale
Le gouvernement gambien explique en partie la crise par des difficultés énergétiques qui dépassent les frontières nationales. La Gambie dépend en effet partiellement de sources extérieures, notamment du Sénégal et de la Guinée, pour répondre à ses besoins en énergie.
Cette dépendance rend le pays vulnérable aux problèmes rencontrés dans les pays voisins et aux fluctuations de l’approvisionnement régional.
Les autorités affirment toutefois travailler à l’augmentation de la capacité nationale de production. Mardi, le président Adama Barrow a reconnu publiquement les difficultés auxquelles la population est confrontée.
Il a déclaré comprendre les « douleurs et souffrances » des citoyens contraints de dormir dans l’obscurité. Le chef de l’État a également promis de s’attaquer à la crise énergétique et de trouver une solution d’ici octobre.
Selon le président, deux générateurs récemment commandés ou mis en service sont actuellement en cours d’acheminement vers la Gambie. Leur arrivée doit contribuer à réduire le déficit énergétique et à améliorer l’approvisionnement du réseau national.
Le gouvernement sous pression
Les promesses présidentielles n’ont cependant pas suffi à calmer la colère. Les manifestations de cette semaine montrent que la patience d’une partie de la population est arrivée à ses limites.
La crise énergétique prend également une dimension politique. Les manifestants ne se contentent plus de réclamer le retour de l’électricité : certains demandent ouvertement la démission du gouvernement et du président.
La situation est d’autant plus sensible qu’Adama Barrow devrait chercher à briguer un troisième mandat lors de l’élection présidentielle prévue en décembre 2026, une perspective controversée dans le pays.
Les slogans entendus dans les rues témoignent donc d’un mécontentement qui dépasse désormais la seule question de l’électricité. Pour une partie de la population, la crise énergétique est devenue le symbole de problèmes plus larges liés à la gouvernance, à la gestion des services publics et aux difficultés économiques.
Une réunion d’urgence à la présidence
Alors que les manifestations se poursuivaient mercredi soir dans plusieurs secteurs de la zone urbaine, une réunion d’urgence aurait été organisée au palais présidentiel afin d’examiner la situation.
Le gouvernement cherche désormais à éviter une aggravation de la contestation et à restaurer rapidement la confiance de la population.
Le président Barrow avait déjà annoncé la création d’une cellule présidentielle spéciale chargée de s’attaquer à la crise énergétique. Cette structure doit notamment permettre de coordonner les efforts des différentes institutions et de suivre les mesures destinées à améliorer l’approvisionnement en électricité.
Mais le temps presse pour les autorités. Plus les coupures se prolongeront, plus le risque de nouvelles manifestations augmentera.
Une crise qui dépasse l’électricité
La crise énergétique gambienne illustre les difficultés auxquelles sont confrontés plusieurs pays africains qui cherchent à répondre à une demande croissante en électricité tout en développant leurs infrastructures.
Pour la Gambie, l’enjeu est particulièrement important. Une alimentation électrique fiable est indispensable au fonctionnement des entreprises, des hôpitaux, des écoles et des services publics. Elle constitue également une condition essentielle au développement économique du pays.
Le gouvernement devra donc trouver des solutions immédiates tout en investissant dans des capacités de production durables. Les générateurs annoncés par le président pourraient apporter un soulagement à court terme, mais ils ne régleront pas nécessairement les problèmes structurels du secteur.
La diversification des sources d’énergie, notamment à travers le solaire, pourrait constituer une piste importante pour réduire la dépendance du pays à l’égard des importations d’électricité et renforcer son autonomie énergétique.
Pour l’heure, cependant, la population attend des résultats concrets. Après trois nuits consécutives de manifestations, la pression sur le gouvernement est désormais considérable.
L’électricité est devenue bien plus qu’un simple service public en Gambie : elle est au cœur d’une crise sociale et politique qui met à l’épreuve la capacité des autorités à répondre aux besoins fondamentaux de leurs citoyens. La promesse présidentielle d’une amélioration d’ici octobre sera donc scrutée de près. Si les coupures persistent, la colère qui s’exprime aujourd’hui dans les rues pourrait continuer à s’amplifier.
