Le gouvernement malien maintient une position inflexible face aux groupes armés terroristes opérant sur le territoire national. À l’occasion d’une rencontre organisée jeudi au palais de Koulouba avec le corps diplomatique accrédité au Mali, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a réaffirmé avec force que les autorités de transition n’envisagent aucune négociation avec les organisations terroristes actives dans le pays. Cette déclaration intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, marqué par la multiplication des attaques armées et une forte pression sur les forces maliennes engagées dans la lutte contre l’insécurité.
Face aux diplomates étrangers, le chef de la diplomatie malienne a tenu à clarifier la position officielle des autorités de Bamako. Selon lui, il existe une différence fondamentale entre le dialogue politique, nécessaire à la stabilité nationale, et toute forme de compromis avec des groupes qualifiés de terroristes. Abdoulaye Diop a insisté sur le fait que l’État malien reste ouvert aux discussions dans un cadre strictement républicain, mais refuse catégoriquement de dialoguer avec des organisations armées responsables de violences contre les populations civiles et les institutions de la République.
Le ministre a notamment évoqué les événements tragiques du 25 avril dernier, qui ont profondément marqué le pays. Ces attaques ont causé de lourdes pertes humaines et suscité une vive émotion au sein de la population malienne. Parmi les victimes figure le ministre de la Défense, Sadio Camara, dont la disparition a renforcé la détermination des autorités à poursuivre la lutte contre les groupes extrémistes. Pour Bamako, ces actes démontrent une nouvelle fois la brutalité des organisations terroristes qui continuent de menacer la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région sahélienne.
Dans son intervention, Abdoulaye Diop a particulièrement ciblé le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, plus connu sous l’acronyme JNIM. Affilié à Al-Qaïda, ce mouvement est inscrit depuis octobre 2018 sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies conformément à la résolution 2368. Le ministre malien a rappelé que cette organisation est impliquée dans de nombreuses attaques meurtrières à travers le pays et qu’elle constitue l’une des principales menaces sécuritaires dans la région.
Le chef de la diplomatie malienne a également accusé le Front de libération de l’Azawad de s’être rapproché du JNIM. Selon lui, cette alliance traduit un soutien assumé à une organisation terroriste reconnue au niveau international. Cette situation rend impossible, selon Bamako, toute intégration du mouvement dans un processus officiel de négociation. Les autorités estiment en effet que toute collaboration avec des groupes liés au terrorisme remettrait en cause les efforts de stabilisation engagés depuis plusieurs années.
Le Front de libération de l’Azawad est régulièrement accusé par les autorités maliennes d’être impliqué dans plusieurs offensives dans le nord du pays. Bamako lui reproche notamment des attaques coordonnées contre les forces armées maliennes dans des villes stratégiques comme Gao ainsi que sa participation à la reprise de Kidal, une région hautement symbolique dans le conflit malien. Ces événements ont contribué à détériorer davantage les relations entre le pouvoir central et certains groupes armés présents dans le nord.
Malgré cette fermeté affichée, les autorités de transition affirment ne pas fermer la porte au dialogue politique. Abdoulaye Diop a rappelé que plusieurs mécanismes institutionnels restent ouverts afin de favoriser la réconciliation nationale et la cohésion sociale. Parmi eux figurent les Accords nationaux de réconciliation ainsi que le Dialogue inter-malien, présentés comme les seules plateformes légitimes de concertation entre les différentes composantes de la société malienne.
Selon le ministre, ces cadres permettent d’aborder les questions politiques, sociales et communautaires dans le respect des institutions de la République. Les autorités souhaitent ainsi encourager les acteurs prêts à abandonner la violence et à rejoindre le processus républicain. Bamako insiste sur la nécessité de privilégier les voies politiques pour résoudre les tensions internes tout en maintenant une ligne rouge claire face aux groupes terroristes.
Abdoulaye Diop a également souligné que plusieurs combattants ayant choisi de renoncer à la lutte armée ont déjà été réintégrés dans la société à travers des programmes de désengagement et de réinsertion. Cette stratégie vise à offrir une alternative aux individus souhaitant quitter les groupes armés tout en réduisant les risques de radicalisation. Pour le gouvernement, cette approche démontre que l’État reste disposé à accompagner ceux qui acceptent de revenir dans le cadre républicain.
Sur le plan sécuritaire, le ministre des Affaires étrangères a insisté sur la nécessité d’adopter une approche globale dans la lutte contre le terrorisme. Selon lui, les opérations militaires ne suffisent pas à elles seules pour mettre fin durablement à l’instabilité dans le Sahel. Abdoulaye Diop estime que les réponses sécuritaires doivent être accompagnées de politiques de développement économique, de justice sociale et de coopération régionale afin de s’attaquer aux causes profondes de l’extrémisme violent.
Le gouvernement malien considère notamment que la pauvreté, le manque d’infrastructures, les tensions communautaires et les rivalités géopolitiques alimentent les groupes terroristes dans certaines zones du pays. C’est pourquoi les autorités affirment vouloir renforcer les investissements dans les régions fragiles tout en poursuivant les opérations de sécurisation menées par les forces armées maliennes.
Dans cette dynamique, Abdoulaye Diop a réaffirmé l’engagement du Mali au sein de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel, créée avec le Burkina Faso et le Niger. Les trois pays, dirigés par des régimes militaires de transition, ont renforcé leur coopération sécuritaire afin de lutter ensemble contre les groupes jihadistes actifs dans la région. Cette alliance vise notamment à mutualiser les moyens militaires et à coordonner les opérations transfrontalières.
Le ministre malien a également mis en avant la coopération croissante avec la Fédération de Russie, devenue un partenaire stratégique important pour Bamako depuis le retrait progressif des forces occidentales. Les autorités maliennes affirment que cette collaboration contribue au renforcement des capacités opérationnelles de l’armée nationale dans la lutte contre les groupes terroristes.
À travers cette déclaration, le gouvernement de transition cherche donc à envoyer un message clair aussi bien à ses partenaires internationaux qu’aux groupes armés présents sur le territoire. Bamako affirme rester ouvert au dialogue politique lorsqu’il s’inscrit dans le respect des institutions et de l’unité nationale, mais exclut toute négociation avec les organisations terroristes qu’il considère comme une menace directe pour la souveraineté et la stabilité du Mali.

