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L’Afrique appelée à financer sa propre lutte contre Ebola et le développement de vaccins

Addis-Abeba, Éthiopie – Face à la recrudescence de l’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda, le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), le Dr Jean Kaseya, a lancé un appel fort aux gouvernements africains. Selon lui, le continent doit impérativement investir davantage dans son système de santé, notamment dans la recherche, la fabrication de vaccins et la gestion des crises sanitaires, afin de réduire sa dépendance envers les partenaires étrangers.

L’épidémie actuelle représente l’une des plus graves flambées d’Ebola enregistrées à ce stade de propagation. Depuis le 15 mai, plus de 200 personnes ont perdu la vie sur un total de 894 cas confirmés. Les autorités sanitaires estiment cependant que le nombre réel de cas pourrait être bien plus élevé, la maladie ayant été détectée plusieurs semaines après le début de sa circulation dans certaines communautés.

Lors d’un entretien accordé à la presse à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, le Dr Kaseya a souligné que cette nouvelle crise sanitaire met une fois de plus en lumière les faiblesses structurelles des systèmes de santé africains. Pour lui, l’Afrique ne peut plus continuer à dépendre exclusivement de l’aide internationale chaque fois qu’une urgence sanitaire survient.

« Si cette épidémie avait eu lieu en Europe, aux États-Unis ou dans d’autres régions du monde, un vaccin et un traitement auraient probablement déjà été développés », a déclaré le responsable de l’Africa CDC. Il a insisté sur la nécessité pour les pays africains de devenir plus autonomes dans la gestion de leurs besoins sanitaires.

Selon lui, le continent doit changer de posture et devenir un acteur majeur de son propre développement médical. « Nous ne voulons pas être un continent qui mendie chaque jour. Nous voulons être un continent composé de personnes compétentes, respectées parce qu’elles prennent les bonnes décisions et agissent efficacement », a-t-il affirmé.

Une réponse compliquée par l’absence de vaccin adapté

Les efforts visant à contenir l’épidémie sont fortement ralentis par l’absence de vaccins ou de traitements approuvés contre la souche du virus actuellement en circulation. Cette flambée est causée par le virus Bundibugyo, une variante plus rare d’Ebola pour laquelle aucun vaccin homologué n’existe à ce jour.

Par le passé, la plupart des seize épidémies d’Ebola recensées en RDC étaient liées à la souche Zaïre, contre laquelle un vaccin efficace a été développé. La situation actuelle est donc particulièrement préoccupante, car les autorités sanitaires doivent faire face à un virus moins connu et contre lequel les outils de prévention restent limités.

Dans la province de l’Ituri, à l’est de la RDC, considérée comme l’épicentre de l’épidémie, les enterrements se multiplient quotidiennement. Les décès touchent toutes les catégories de la population, y compris de très jeunes enfants. Les équipes médicales travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, souvent sans repos suffisant, tout en devant affronter la méfiance de certains habitants et parfois même des actes de violence dirigés contre les personnels de santé.

Le défi de la production de vaccins en Afrique

La question de la fabrication locale des vaccins constitue depuis plusieurs années un enjeu majeur pour les pays africains. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence la dépendance du continent vis-à-vis des producteurs étrangers et les inégalités d’accès aux produits médicaux essentiels.

Malgré plusieurs initiatives visant à renforcer les capacités de production pharmaceutique en Afrique, les progrès demeurent limités. Aujourd’hui encore, le continent produit moins de 1 % des vaccins dont il a besoin. En ce qui concerne les médicaments, la situation reste également préoccupante puisque près de 97 % des produits pharmaceutiques utilisés en Afrique sont importés.

Cette dépendance représente un risque considérable pour une région dont la population devrait atteindre environ 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050. En cas de nouvelles pandémies ou d’épidémies majeures, des millions de personnes pourraient se retrouver exposées à des pénuries de vaccins et de traitements.

Le Dr Kaseya reconnaît que plusieurs programmes sont actuellement en cours afin d’accélérer la recherche scientifique et le développement de nouveaux vaccins ainsi que d’outils de diagnostic. Toutefois, il estime qu’il est encore difficile de savoir si un vaccin contre la souche Bundibugyo sera disponible avant la fin de l’année.

Une épidémie encore loin de son pic

Selon les experts de l’Africa CDC, le pire pourrait ne pas encore être passé. Le responsable de l’agence sanitaire africaine considère que le pic de l’épidémie reste à venir en raison des difficultés rencontrées dans le suivi des personnes potentiellement exposées au virus.

Les autorités sanitaires n’ont toujours pas réussi à identifier avec certitude le patient à l’origine de la flambée. De plus, plus de 35 000 personnes ayant été en contact direct ou indirect avec des malades doivent encore être localisées et surveillées.

Le traçage des contacts constitue l’un des outils les plus importants pour interrompre la transmission du virus. Cependant, cette tâche demande d’importantes ressources humaines et financières. C’est pourquoi l’Africa CDC cherche actuellement à mobiliser davantage de fonds afin de déployer sur le terrain un plus grand nombre d’équipes spécialisées.

« Nous accélérons nos efforts de collecte de fonds afin d’envoyer davantage d’équipes sur le terrain pour identifier tous les contacts possibles et assurer leur suivi », a expliqué le Dr Kaseya.

Une mobilisation financière africaine en cours

Dans le cadre de cette stratégie visant à renforcer l’engagement financier des États africains, plusieurs initiatives ont été lancées récemment. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa devrait prochainement se rendre dans la province de l’Ituri ainsi qu’en Ouganda afin de soutenir les campagnes de mobilisation financière et de sensibilisation.

Par ailleurs, un nouveau Fonds africain pour les épidémies a été créé afin d’aider le continent à répondre plus efficacement aux crises sanitaires futures. À ce jour, les gouvernements africains ont promis environ 80 millions de dollars pour alimenter ce mécanisme.

En complément, une conférence internationale de donateurs organisée cette semaine a permis d’obtenir des promesses de financement supplémentaires estimées à près de 910 millions de dollars. Ces ressources devraient contribuer au renforcement des capacités de surveillance, à l’amélioration des infrastructures médicales et à l’accélération des programmes de recherche.

Vers une plus grande autonomie sanitaire

Pour le directeur de l’Africa CDC, cette crise doit servir de catalyseur pour transformer durablement les systèmes de santé africains. Au-delà de la réponse immédiate à l’épidémie, il considère que l’objectif principal doit être la construction d’une véritable souveraineté sanitaire africaine.

Cela implique non seulement de développer des centres de recherche performants, mais également de créer des industries pharmaceutiques capables de produire localement vaccins, médicaments et équipements médicaux. Une telle transformation permettrait au continent de mieux répondre aux urgences sanitaires tout en réduisant sa dépendance économique et technologique.

« Nous devons prendre soin de nous-mêmes. Il est temps de réfléchir sérieusement à la manière dont nous pouvons fabriquer nos propres médicaments et vaccins pour répondre à nos besoins », a conclu le Dr Jean Kaseya.

Alors que l’épidémie continue de progresser en Afrique centrale, cet appel à l’autonomie sanitaire résonne comme un avertissement mais aussi comme une opportunité. Pour de nombreux observateurs, la lutte contre Ebola pourrait marquer un tournant décisif dans la capacité du continent africain à construire un système de santé plus résilient, plus indépendant et mieux préparé aux défis de demain.

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