Le Caire – L’Égypte franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de son ambitieux programme de réformes économiques. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé être parvenu à un accord préliminaire avec les autorités égyptiennes dans le cadre de la septième revue du programme de Facilité élargie de crédit (FEC). Cette décision ouvre la voie au décaissement imminent de 1,64 milliard de dollars, sous réserve de l’approbation formelle du Conseil d’administration de l’institution financière internationale.
Ce nouveau financement représente l’avant-dernière tranche du vaste programme d’assistance accordé au Caire. Il intervient dans un contexte économique marqué par des tensions géopolitiques régionales persistantes, une inflation toujours élevée et des défis liés à la dette publique. Malgré ces difficultés, le FMI estime que l’économie égyptienne fait preuve d’une résilience remarquable et que les réformes engagées par le gouvernement progressent dans la bonne direction.
Selon le communiqué publié par le Fonds monétaire international, environ 1,5 milliard de dollars seront versés dans le cadre de la Facilité élargie de crédit, tandis que 136 millions de dollars supplémentaires proviendront de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Une fois cette nouvelle tranche débloquée, le montant total des décaissements atteindra 7,2 milliards de dollars, sur un engagement global de 9,3 milliards de dollars prévu par les deux programmes qui arriveront à leur terme respectivement en octobre et décembre 2026.
Le FMI précise que cet accord est le résultat de plusieurs semaines de discussions entre les autorités égyptiennes et une mission conduite par Amine Mati, chef de mission du Fonds pour l’Égypte. Les négociations se sont déroulées au Caire entre le 11 et le 21 mai avant de se poursuivre par visioconférence afin de finaliser les derniers aspects techniques du dossier.
Contrairement aux précédentes évaluations, le FMI n’a publié qu’un communiqué de presse sans rendre public le rapport détaillé de ses experts. Cette communication plus concise confirme néanmoins que les principaux objectifs du programme continuent d’être atteints.
Dans son évaluation, l’institution financière internationale met en avant la capacité de l’économie égyptienne à résister aux conséquences des conflits qui affectent actuellement le Moyen-Orient. Malgré les perturbations commerciales, les tensions sur les marchés financiers et les incertitudes régionales, les autorités égyptiennes ont poursuivi leurs réformes économiques.
Le FMI souligne notamment les ajustements réalisés sur les prix des carburants et de l’électricité, la rationalisation progressive des dépenses publiques ainsi que les efforts visant à améliorer les finances de l’État. Selon l’organisation, ces mesures contribuent à renforcer la stabilité macroéconomique du pays.
Le Fonds estime également que la politique de flexibilité du taux de change a joué un rôle déterminant dans l’absorption des chocs extérieurs. La récente amélioration du contexte géopolitique, notamment après l’annonce de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, a favorisé le retour des investissements de portefeuille sur le marché égyptien, permettant à la livre égyptienne de récupérer une grande partie de la dépréciation enregistrée au cours des derniers mois.
Sur le plan de la croissance, les résultats apparaissent particulièrement encourageants. Le Produit intérieur brut (PIB) réel de l’Égypte a progressé de 5 % au troisième trimestre de l’exercice fiscal en cours. Sur les neuf premiers mois de l’année budgétaire, la croissance atteint 5,2 %, confirmant la reprise progressive de l’activité économique.
Cette dynamique est soutenue par plusieurs secteurs stratégiques, notamment les infrastructures, l’énergie, les services et certains investissements privés qui bénéficient progressivement de l’amélioration du climat économique.
Malgré ces performances, plusieurs défis demeurent. Le principal sujet d’inquiétude reste l’inflation. Après avoir ralenti ces derniers mois, la hausse des prix demeure élevée. En mai, l’inflation annuelle atteignait 14,6 %, et les projections du FMI indiquent qu’elle pourrait s’établir autour de 15,8 % d’ici la fin de l’exercice fiscal.
Cette situation est principalement attribuée à l’augmentation des coûts des importations provoquée par les tensions régionales, ainsi qu’aux réformes des prix administrés mises en œuvre par le gouvernement.
Pour le FMI, la Banque centrale d’Égypte devra maintenir une politique monétaire prudente afin d’éviter une nouvelle accélération de l’inflation. Le maintien de taux d’intérêt relativement élevés apparaît ainsi nécessaire pour limiter les pressions sur les prix et préserver la stabilité financière.
Le Fonds insiste également sur l’importance de conserver un régime de change flexible. Selon ses experts, cette politique constitue le meilleur outil pour absorber les chocs externes sans épuiser les réserves de change ni créer de nouvelles distorsions sur le marché des devises.
La question de la dette publique reste un autre axe majeur du programme de réformes. Le FMI soutient pleinement la stratégie du gouvernement visant à réduire progressivement les besoins de financement de l’État.
L’objectif consiste à diminuer les besoins bruts de financement de près de 10 % du PIB au cours des exercices 2025-2026 et 2026-2027. Pour y parvenir, les autorités prévoient d’allonger la maturité de la dette publique tout en poursuivant un vaste programme de cession d’actifs appartenant à l’État.
Cette stratégie s’inscrit dans la mise en œuvre de la Politique de propriété de l’État, destinée à renforcer la participation du secteur privé dans l’économie nationale.
Le gouvernement égyptien affiche d’ailleurs sa volonté de poursuivre cette ouverture économique. Le Premier ministre Mostafa Madbouly a récemment annoncé que son gouvernement ne prévoyait pas de solliciter un nouveau programme d’assistance financière auprès du FMI après l’expiration des accords actuels.
Selon lui, la situation économique de l’Égypte est désormais suffisamment stable pour permettre au pays de poursuivre seul ses réformes structurelles.
« La situation économique du pays est désormais stable et permet de poursuivre les réformes économiques sans recourir à de nouveaux programmes de crédit dans la période à venir », avait déclaré le chef du gouvernement.
Dans cette perspective, les autorités poursuivent leur programme de privatisations. Le Premier ministre a confirmé que quatre entreprises publiques devraient être cédées au secteur privé au cours du mois de septembre 2026.
Cette orientation répond directement aux recommandations formulées par le FMI, qui encourage depuis plusieurs années une plus grande implication des investisseurs privés dans les secteurs productifs de l’économie égyptienne.
Une première étape importante a déjà été franchie le 11 juin, avec la signature d’un accord entre le groupe privé TAQA Arabia et l’Agence des projets de service national (NSPO). Cette opération prévoit le transfert de 172 stations-service appartenant à la société publique Wataniya vers une nouvelle filiale baptisée Quick Fuel.
Cette transaction illustre la volonté du gouvernement d’accélérer la transformation de son économie en favorisant davantage la concurrence et les investissements privés.
La septième revue actuellement validée s’inscrit dans la continuité des précédentes évaluations positives du programme. En février 2026, le Conseil d’administration du FMI avait déjà autorisé le versement combiné des cinquième et sixième tranches, représentant 2,3 milliards de dollars.
Au total, le programme de soutien mis en place par le FMI comprend une Facilité élargie de crédit de 8 milliards de dollars, complétée par un financement supplémentaire de 1,3 milliard de dollars dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité.
Au-delà de son importance financière, ce nouveau décaissement constitue un signal fort adressé aux investisseurs internationaux. Il confirme la confiance du FMI dans les orientations économiques du gouvernement égyptien et pourrait contribuer à renforcer davantage l’attractivité du pays auprès des marchés internationaux.
Alors que l’Égypte approche progressivement de la fin de son programme d’assistance, les prochains mois seront déterminants. Le maintien de la discipline budgétaire, la maîtrise de l’inflation, la poursuite des réformes structurelles et l’ouverture accrue au secteur privé seront essentiels pour consolider les acquis obtenus et permettre à la première économie d’Afrique du Nord de poursuivre durablement sa trajectoire de croissance.
