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Canal de Suez : l’Égypte exclut tout échange pour réduire la dette publique

Le gouvernement égyptien a fermement rejeté toute possibilité de transférer, d’échanger ou de mettre en garantie la propriété du canal de Suez afin de réduire une partie de la dette publique intérieure. Dans un communiqué publié dimanche 30 août, le Conseil des ministres a voulu mettre fin aux spéculations apparues ces derniers jours sur les réseaux sociaux et dans certains médias autour d’une proposition présentée comme un moyen de soulager les finances publiques égyptiennes.

Au cœur de cette controverse se trouve une idée baptisée « le grand échange », proposée par le banquier d’affaires Hassan Heikal. Selon cette vision, certains actifs appartenant à l’État pourraient être utilisés dans des opérations de règlement ou de restructuration de la dette. Le canal de Suez avait notamment été évoqué comme un actif particulièrement important, avec une valorisation estimée par Heikal à environ 200 milliards de dollars.

Mais pour les autorités égyptiennes, aucune opération de cette nature concernant le canal n’est à l’ordre du jour. Le gouvernement insiste sur le caractère stratégique de cette infrastructure, considérée comme indissociable de la souveraineté et de la sécurité nationale.

Une réponse ferme du gouvernement égyptien

Face à la circulation de la proposition, le Conseil des ministres a adopté un ton particulièrement catégorique. Dans son communiqué, il affirme que le canal de Suez « n’est pas à vendre, ni à échanger contre une dette ».

Les autorités ont également tenu à préciser que l’idée évoquée dans les médias relève exclusivement de l’analyse personnelle de son auteur et ne constitue aucunement une politique gouvernementale ou un projet officiellement étudié.

Cette clarification vise notamment à éviter que des propositions formulées par des économistes, des experts ou des personnalités publiques soient interprétées comme des décisions prises par l’État.

Le gouvernement reconnaît néanmoins que plusieurs mécanismes permettant d’utiliser certains actifs publics dans la gestion de la dette ont déjà été étudiés. Ces réflexions s’inscrivent dans la recherche de solutions permettant de réduire le poids de la dette intérieure et le coût de son service.

Cependant, selon le Conseil des ministres, les études réalisées ont conclu que le transfert d’actifs entre différentes entités publiques ne constituait pas une solution suffisante et ne devait pas être retenu comme instrument général de gestion de la dette.

Le canal, un actif stratégique pour l’Égypte

La position du gouvernement s’explique notamment par l’importance exceptionnelle du canal de Suez pour l’économie nationale et pour le commerce international.

Situé entre la Méditerranée et la mer Rouge, le canal constitue l’une des principales voies maritimes mondiales. Il permet aux navires de relier plus rapidement l’Europe et l’Asie en évitant le contournement de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Pour l’Égypte, ses revenus représentent une source importante de devises étrangères et contribuent directement aux finances du pays.

Selon les données communiquées par le président de l’Autorité du canal de Suez, les recettes ont augmenté de 23 % pour atteindre 4,6 milliards de dollars au cours de l’exercice 2025-2026.

Cette performance renforce l’importance économique du canal au moment où l’Égypte cherche à consolider ses finances publiques et à améliorer ses réserves en devises.

Au-delà de sa valeur financière, le canal représente également un symbole majeur de souveraineté nationale. C’est pourquoi toute hypothèse concernant son transfert ou sa mise en garantie suscite rapidement une forte réaction politique et institutionnelle.

La dette publique au cœur des préoccupations

La controverse intervient alors que le gouvernement égyptien cherche activement à réduire le poids de la dette publique.

Le ministère des Finances ambitionne notamment de ramener le ratio dette publique sur produit intérieur brut à moins de 80 % à la fin de l’exercice fiscal en cours. Cette ambition intervient après une réduction annoncée de 11 % du ratio au cours des deux dernières années.

Pour parvenir à cet objectif, les autorités veulent privilégier une stratégie reposant sur plusieurs leviers plutôt que sur une opération exceptionnelle concernant un actif stratégique.

Le gouvernement met notamment en avant l’amélioration des finances publiques, la réalisation d’excédents primaires durables, l’augmentation des recettes publiques et une meilleure efficacité des dépenses.

L’allongement des échéances de la dette ainsi que la réduction de son coût constituent également des priorités.

Une approche globale plutôt qu’un simple transfert d’actifs

Pour les autorités égyptiennes, déplacer une dette d’une entité publique vers une autre ne signifie pas nécessairement réduire l’endettement global de l’État.

Le Conseil des ministres souligne ainsi qu’une opération de transfert d’actifs et de dettes entre institutions publiques ne permet pas, à elle seule, de diminuer les engagements financiers de l’État dans leur ensemble.

La question de la dette doit, selon cette approche, être examinée de manière globale, en tenant compte de sa structure, du coût de son service, de la liquidité disponible sur le marché intérieur ainsi que des effets possibles sur les politiques monétaire et budgétaire.

Cette position traduit la volonté du gouvernement de privilégier des solutions structurelles plutôt qu’une opération spectaculaire portant sur un actif particulièrement sensible.

La valorisation des actifs publics reste toutefois à l’ordre du jour

Si le canal de Suez est exclu de toute opération d’échange de dette, le gouvernement égyptien ne renonce pas pour autant à valoriser les actifs appartenant à l’État.

Cette politique peut passer par des programmes de cession d’actifs, des partenariats avec le secteur privé ou encore la restructuration de certaines participations publiques.

L’objectif affiché est de maximiser les revenus générés par les actifs de l’État tout en préservant les intérêts nationaux et les droits des générations futures.

Les autorités veulent ainsi utiliser le patrimoine public comme un levier économique, mais dans un cadre réglementé et transparent.

L’exemple de l’Autorité nationale des médias

Le gouvernement a également voulu clarifier une autre opération récemment réalisée entre institutions publiques.

Il s’agit du règlement de dettes historiques de l’Autorité nationale des médias envers la Banque nationale d’investissement, pour un montant de 88,3 milliards de livres égyptiennes.

Dans le cadre de cette opération, 44 actifs appartenant à l’Autorité nationale des médias, principalement des terrains et des bâtiments, ont été transférés à la Banque nationale d’investissement pour une valeur estimée à 18,06 milliards de livres, soit environ 361,2 millions de dollars.

L’État doit par ailleurs mettre à disposition d’autres terrains afin de couvrir le solde de la dette.

Toutefois, les biens générant des revenus pour l’Autorité nationale des médias ont été exclus de l’opération afin de préserver sa capacité financière et de lui permettre de continuer à remplir ses missions.

Pour le gouvernement, cette opération correspond à un cas particulier et ne doit pas être considérée comme un mécanisme général applicable à tous les actifs publics.

Hassan Heikal à l’origine du « grand échange »

La proposition qui a déclenché la controverse est associée à Hassan Heikal, ancien codirecteur général d’EFG-Hermes, l’une des principales banques d’investissement du monde arabe.

Le banquier avait présenté pour la première fois son idée du « grand échange » lors d’une interview télévisée le 11 janvier 2026.

Dans son analyse, il avait estimé la valeur du canal de Suez à environ 200 milliards de dollars, alimentant l’idée selon laquelle certains actifs publics pourraient servir à restructurer une partie de la dette de l’État.

Heikal a récemment relancé le débat dans une publication sur le réseau social X, en prenant comme exemple le règlement conclu entre l’Autorité nationale des médias et la Banque nationale d’investissement.

Il a cependant apporté une nuance importante concernant le canal de Suez. Interrogé sur la possibilité d’un échange impliquant directement cette infrastructure, il a indiqué que l’opération pourrait plutôt concerner des participations détenues par le ministère des Finances dans des banques ou des entreprises publiques.

Une controverse qui n’est pas nouvelle

Les discussions sur l’avenir du canal de Suez ne sont pas nouvelles en Égypte.

En décembre 2022, des rumeurs concernant une éventuelle vente du canal avaient déjà provoqué une vive réaction des autorités. Le président du Parlement égyptien, Hanafy El-Gebaly, avait alors rejeté ces informations dans le contexte d’un projet de loi portant sur la création d’un fonds destiné à gérer certains actifs liés au canal.

Il avait notamment rappelé que la Constitution égyptienne interdisait la vente du canal.

Cette nouvelle polémique s’inscrit donc dans une histoire récente de débats autour de la gestion et de la valorisation des actifs liés au canal de Suez.

Un enjeu économique et souverain

La décision du gouvernement égyptien de rejeter toute idée d’échange concernant le canal traduit une double préoccupation : préserver un actif économique majeur et protéger un symbole de souveraineté nationale.

Le débat sur la dette publique reste néanmoins ouvert. L’Égypte doit continuer à trouver des solutions pour réduire ses charges financières, améliorer ses recettes et renforcer la soutenabilité de ses finances publiques.

Dans cette stratégie, la valorisation des actifs publics pourrait continuer à jouer un rôle important. Mais les autorités veulent désormais distinguer clairement les actifs pouvant faire l’objet de partenariats ou de cessions et ceux considérés comme stratégiques pour l’État.

Le canal de Suez appartient clairement à cette seconde catégorie.

Alors que les finances publiques restent sous pression, le gouvernement égyptien entend donc poursuivre sa politique de réduction de la dette sans remettre en cause la propriété et le contrôle de cette infrastructure stratégique.

Le message adressé par les autorités est sans ambiguïté : le canal de Suez peut contribuer aux finances de l’Égypte par ses recettes et son rôle dans le commerce international, mais sa propriété ne constitue pas une monnaie d’échange pour réduire la dette publique.

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