Le Caire – La télévision nationale égyptienne s’apprête à diffuser un documentaire inédit consacré à l’un des plus ambitieux projets d’infrastructures jamais réalisés sur le continent africain : le barrage et la centrale hydroélectrique Julius Nyerere, construits sur le fleuve Rufiji, en Tanzanie. Intitulé « Des rives du Nil au fleuve Rufiji », ce film retrace l’histoire de ce gigantesque chantier qui illustre à la fois les capacités techniques de l’Égypte et la montée en puissance de la coopération Sud-Sud en Afrique.
Produit dans le cadre de la série « Les Documentaires de Maspero », le long métrage met en lumière une aventure humaine et technologique exceptionnelle, menée dans un environnement particulièrement hostile. Au-delà des prouesses d’ingénierie, il célèbre également les liens historiques entre l’Égypte et la Tanzanie, tout en portant un message fort : l’Afrique dispose des compétences nécessaires pour construire son avenir grâce à l’expertise de ses propres ingénieurs, entreprises et travailleurs.
Le documentaire raconte comment un rêve porté pendant près d’un demi-siècle par les autorités tanzaniennes est finalement devenu réalité grâce au consortium égyptien composé des sociétés Arab Contractors (Al-Mokawloon Al-Arab) et Elsewedy Electric. Pendant des décennies, le projet du barrage Julius Nyerere était resté à l’état de plan, faute de moyens techniques, financiers et logistiques. Ce n’est qu’avec l’implication des entreprises égyptiennes que ce vaste chantier a pu être concrétisé.
Les images du documentaire plongent le spectateur au cœur de la réserve naturelle de Selous, aujourd’hui connue sous le nom de parc national Nyerere, où se trouve le barrage. Le site, situé à environ sept heures de route non goudronnée de Dar es-Salaam, représentait un véritable défi pour les équipes de construction. L’isolement de la zone, les conditions climatiques difficiles, les pluies abondantes, la chaleur tropicale et la présence d’une faune sauvage rendaient les opérations particulièrement complexes.
Pourtant, malgré ces contraintes, plus de 12 000 ouvriers, techniciens et ingénieurs ont travaillé sans relâche afin de mener à bien ce projet historique. Le documentaire met en avant leur courage, leur engagement et leur détermination, tout en soulignant le rôle joué par les experts égyptiens dans la formation des équipes locales et le transfert de compétences vers les ingénieurs tanzaniens.
La réalisation adopte une approche cinématographique qui alterne images aériennes spectaculaires, séquences tournées sur le chantier et témoignages des principaux acteurs de cette aventure. Les spectateurs découvrent les étapes majeures de la construction, depuis les premiers travaux de terrassement jusqu’à la mise en service progressive des installations hydroélectriques.
L’un des aspects les plus marquants du film concerne la période de la pandémie de Covid-19. Alors que de nombreux grands projets d’infrastructure étaient interrompus à travers le monde, les responsables du barrage Julius Nyerere ont réussi à maintenir les travaux tout en appliquant des mesures sanitaires strictes. Le documentaire explique comment cette organisation exceptionnelle a permis d’éviter l’arrêt du chantier malgré une crise mondiale sans précédent.
Les réalisateurs consacrent également une large place aux défis environnementaux. Le barrage étant implanté dans une vaste réserve naturelle abritant une biodiversité exceptionnelle, les entreprises responsables ont dû mettre en œuvre des dispositifs destinés à limiter les impacts sur les écosystèmes. Des mesures spécifiques ont été adoptées pour préserver la faune sauvage, protéger les habitats naturels et assurer une gestion durable des ressources en eau.
Au-delà de ces enjeux écologiques, le documentaire met en avant les performances techniques de l’ouvrage. Haut de 131 mètres, le barrage Julius Nyerere figure parmi les infrastructures hydroélectriques les plus importantes d’Afrique. Sa centrale dispose d’une capacité de production de 2 115 mégawatts, un niveau qui permettra de transformer profondément le paysage énergétique de la Tanzanie.
Selon les autorités, cette infrastructure devrait pratiquement doubler la capacité nationale de production d’électricité. Des millions de foyers, d’entreprises et d’industries bénéficieront d’un accès plus fiable à l’énergie, favorisant ainsi l’industrialisation, la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie de la population.
Le barrage jouera également un rôle majeur dans la régulation du débit du fleuve Rufiji. En contrôlant davantage les crues saisonnières, il contribuera à limiter les risques d’inondations tout en améliorant la disponibilité de l’eau pour l’agriculture et les autres activités économiques.
Mais le documentaire dépasse largement la simple description technique du projet. Il présente cette réalisation comme un symbole de la coopération africaine et de la solidarité entre deux nations liées par une longue histoire diplomatique.
À travers les témoignages recueillis, le film rappelle que les relations entre l’Égypte et la Tanzanie remontent à plusieurs décennies, notamment à l’époque des présidents Gamal Abdel Nasser et Julius Nyerere, deux figures majeures du panafricanisme. Le barrage apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans ce partenariat stratégique fondé sur le développement, la coopération économique et le partage des compétences.
Le documentaire donne la parole à plusieurs personnalités ayant participé directement au projet. Parmi elles figurent le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, le président du conseil d'administration d’Arab Contractors, Ahmed Al-Assar, ainsi que le directeur général d’Elsewedy Electric, Ahmed Elsewedy.
Leurs interventions permettent de mieux comprendre les dimensions économiques, diplomatiques et stratégiques de cette infrastructure. Ils expliquent notamment comment le projet renforce la présence des entreprises africaines sur les grands marchés du continent et démontre que les compétences locales peuvent rivaliser avec les plus grandes sociétés internationales.
Les responsables du chantier évoquent également les nombreux sacrifices consentis par les équipes. Pendant plusieurs années, des milliers d’employés ont vécu loin de leurs familles, travaillant dans des conditions parfois extrêmement difficiles. Malgré les obstacles, leur mobilisation a permis de respecter les principales étapes du calendrier de construction.
Le documentaire met également en lumière les innovations technologiques utilisées durant les travaux. Des équipements de pointe ont été mobilisés pour assurer la stabilité de l’ouvrage, optimiser la production d’électricité et garantir la sécurité des installations. Cette modernisation témoigne du savoir-faire acquis par les entreprises égyptiennes dans le domaine des grands projets énergétiques.
Pour les autorités égyptiennes, la diffusion de ce documentaire constitue également une vitrine du potentiel industriel national. Elle illustre la capacité des entreprises du pays à exporter leur expertise et à participer activement au développement des infrastructures africaines dans les domaines de l’énergie, des transports et de la construction.
Du côté tanzanien, le barrage Julius Nyerere est considéré comme un levier essentiel de transformation économique. En améliorant l’approvisionnement en électricité, le pays espère attirer davantage d’investissements industriels, soutenir la croissance des petites et moyennes entreprises et accélérer l’électrification des zones rurales.
Enfin, « Des rives du Nil au fleuve Rufiji » porte un message résolument tourné vers l’avenir. Au-delà des chiffres impressionnants et des performances techniques, le documentaire affirme que l’Afrique possède désormais les ressources humaines, les compétences scientifiques et les capacités industrielles nécessaires pour réaliser ses propres grands projets de développement.
À travers cette œuvre, les réalisateurs souhaitent démontrer que la coopération entre pays africains constitue l’un des principaux moteurs de la modernisation du continent. Le barrage Julius Nyerere devient ainsi bien plus qu’une infrastructure hydroélectrique : il incarne l’ambition d’une Afrique capable de construire son avenir grâce au talent, au savoir-faire et à la détermination de ses propres fils et filles.
