KANSAS CITY – La dernière journée de la phase de groupes de la Coupe du monde a offert l’un des plus grands spectacles de cette édition. Au terme d’un match complètement fou, l’Algérie et l’Autriche se sont quittées sur un score de 3 buts partout, samedi soir, au Arrowhead Stadium de Kansas City. Une rencontre riche en rebondissements, en émotions et en suspense, qui permet finalement aux deux sélections de se qualifier pour les huitièmes de finale, tandis que l’Iran voit ses espoirs s’envoler dans les toutes dernières secondes.
Avant le coup d’envoi, le scénario semblait pourtant simple. Les deux équipes savaient qu’un simple match nul leur garantissait une qualification pour la phase à élimination directe. Certains observateurs redoutaient alors une rencontre fermée, marquée par la prudence, voire un accord tacite entre les deux formations pour préserver le résultat.
Mais les joueurs ont rapidement dissipé tous les doutes. Dès les premières minutes, Algériens et Autrichiens ont affiché leurs ambitions offensives, offrant un football spectaculaire qui a tenu les 69 045 spectateurs en haleine jusqu’au coup de sifflet final.
L’Autriche a frappé la première. À la suite d’une attaque parfaitement construite, Marko Arnautović a réalisé un appel de balle idéal entre deux défenseurs algériens. Malgré un léger déséquilibre au moment de contrôler le ballon, l’attaquant est parvenu à battre le gardien Oussama Benbot d’un tir précis. Cette réalisation, la quarante-neuvième sous le maillot autrichien, permet au capitaine de renforcer encore son statut de meilleur buteur de l’histoire de sa sélection.
L’Algérie n’a toutefois pas tardé à réagir. Juste avant la pause, Rafik Belghali a profité d’un espace laissé par la défense adverse pour déclencher une puissante frappe du pied gauche qui n’a laissé aucune chance au gardien Alexander Schlager. Ce but remettait les deux équipes à égalité et relançait totalement la rencontre.
Au retour des vestiaires, le rythme est resté particulièrement élevé malgré la chaleur qui régnait sur Kansas City. Les deux équipes ont continué d’attaquer sans calcul, démontrant une volonté claire de remporter la rencontre plutôt que de se contenter du résultat qui leur suffisait.
À la 55e minute, Konrad Laimer a délivré une passe parfaitement dosée à Marcel Sabitzer. Le milieu autrichien a conclu l’action avec beaucoup de maîtrise pour redonner l’avantage à son équipe. Pendant quelques instants, ce résultat faisait les affaires de l’Iran, qui espérait profiter d’une victoire autrichienne pour accéder aux huitièmes de finale parmi les meilleurs troisièmes.
Mais l’Algérie a une nouvelle fois trouvé les ressources nécessaires pour revenir. Quelques minutes seulement après le deuxième but autrichien, Houssem Aouar a adressé un centre millimétré vers Riyad Mahrez. L’ancien capitaine de Manchester City a parfaitement repris le ballon pour inscrire le but de l’égalisation.
À 2-2, les deux équipes semblaient alors retrouver une certaine prudence. Les minutes s’écoulaient lentement, tandis que les supporters retenaient leur souffle. L’Algérie faisait circuler le ballon avec patience afin de préserver un résultat qui qualifiait les deux nations.
Cette attitude a provoqué quelques sifflets dans les tribunes, certains spectateurs craignant de revivre un scénario similaire au célèbre « scandale de Gijón » de 1982.
Cette référence historique reste profondément ancrée dans la mémoire du football algérien. Lors de la Coupe du monde organisée en Espagne, l’Autriche et l’Allemagne de l’Ouest avaient disputé un match resté tristement célèbre. Après un but inscrit très tôt par les Allemands, les deux équipes avaient pratiquement cessé d’attaquer, conservant un résultat qui leur permettait de se qualifier au détriment de l’Algérie. Malgré les protestations de cette dernière auprès de la FIFA, aucune sanction n’avait été prise.
Quarante-quatre ans plus tard, certains craignaient que l’histoire ne se répète à Kansas City avec le nouveau format de la Coupe du monde à quarante-huit équipes.
Au lieu de cela, les deux sélections ont offert un scénario totalement inattendu.
Alors que le temps additionnel était largement entamé, Riyad Mahrez a réalisé un exploit individuel exceptionnel. Profitant d’un ballon mal repoussé, il s’est infiltré dans la surface avant d’adresser une frappe imparable qui donnait l’avantage aux Fennecs. Son deuxième but de la soirée semblait offrir la victoire à l’Algérie.
Ce but changeait complètement la situation. L’Autriche, qui était jusque-là qualifiée, se retrouvait virtuellement éliminée, tandis que l’Iran pouvait de nouveau croire à une qualification.
Cependant, le football réserve parfois des scénarios inimaginables.
Sur la toute dernière action du match, l’Autriche obtenait une ultime opportunité. Un centre précis arrivait dans la surface où Sasa Kalajdzic surgissait pour placer une tête puissante qui trompait Benbot. Le ballon terminait au fond des filets au moment même où l’arbitre s’apprêtait à siffler la fin de la rencontre.
Cette égalisation provoquait une explosion de joie sur le banc autrichien. Les joueurs se précipitaient vers leur buteur tandis que les Algériens célébraient également leur qualification. En revanche, ce but anéantissait définitivement les espoirs de l’Iran, éliminé de manière particulièrement cruelle.
À l’issue de la rencontre, l’entraîneur autrichien Ralf Rangnick avait encore du mal à réaliser ce qu’il venait de vivre.
« J’entraîne depuis près de quarante ans. Je ne me souviens pas d’un match aussi incroyable. Même avant le coup d’envoi, personne n’aurait imaginé un tel scénario », a-t-il déclaré avec le sourire.
Le technicien est même allé jusqu’à comparer cette rencontre à un film du célèbre réalisateur Alfred Hitchcock, connu pour ses œuvres à suspense.
Du côté algérien, la satisfaction était immense. Riyad Mahrez, auteur d’un doublé décisif, a rappelé que l’objectif principal fixé avant le tournoi était de franchir la phase de groupes.
« Nous sommes extrêmement heureux. Nous avions pour mission de dépasser le premier tour et nous avons réussi. C’est une immense fierté pour toute l’équipe », a déclaré le capitaine des Fennecs.
Grâce à cette qualification, l’Algérie devient la neuvième sélection africaine à atteindre les huitièmes de finale de cette Coupe du monde, preuve du niveau toujours plus élevé du football africain sur la scène internationale.
Les Fennecs terminent troisièmes du groupe mais bénéficieront d’un tableau relativement favorable en affrontant la Suisse lors des seizièmes de finale à Vancouver.
L’Autriche, de son côté, termine deuxième derrière l’Argentine et héritera d’un défi particulièrement relevé contre l’Espagne, championne d’Europe en titre, à Los Angeles.
Au-delà du résultat, cette rencontre restera comme l’un des moments les plus marquants de cette Coupe du monde. Les deux équipes ont démontré qu’elles étaient venues pour jouer, refusant toute forme de calcul malgré les circonstances. Elles ont offert aux spectateurs un véritable festival offensif, ponctué de six buts, de multiples retournements de situation et d’un suspense insoutenable jusqu’à la dernière seconde.
Dans un tournoi souvent dominé par la prudence lors des derniers matchs de groupe, Algériens et Autrichiens ont choisi le spectacle. Leur affrontement restera sans doute comme l’un des plus beaux matchs de cette Coupe du monde et comme une parfaite illustration de l’incertitude qui fait la beauté du football.

