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Sénégal : Ousmane Sonko dénonce plus de 1 075 milliards FCFA de pertes liées aux contrats publics

Au Sénégal, le gouvernement a dévoilé les résultats d’un vaste examen des contrats publics signés ces dernières années, révélant ce qu’il considère comme d’importantes irrégularités financières dans plusieurs secteurs stratégiques. Lors d’une conférence de presse organisée jeudi à Dakar, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté les conclusions préliminaires du comité chargé de renégocier les contrats de l’État, affirmant que certaines conventions auraient causé un préjudice estimé à plus de 1 075 milliards de francs CFA.

Selon le chef du gouvernement, ces pertes concernent principalement le secteur minier et plus particulièrement le dossier des Industries chimiques du Sénégal (ICS), une entreprise clé dans l’exploitation et la transformation du phosphate au Sénégal.

Cette conférence de presse constituait la première intervention détaillée du Premier ministre sur les travaux de ce comité mis en place après l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye. L’objectif de cette initiative est de réexaminer les accords signés entre l’État sénégalais et certains partenaires privés afin d’évaluer leur conformité juridique et leur impact économique.

## Un audit lancé après l’alternance politique

Dès son installation à la tête de l’État, le président Bassirou Diomaye Faye avait annoncé la mise en œuvre d’un audit général des contrats publics conclus dans les mois précédant et suivant l’élection présidentielle de 2024.

Selon le Premier ministre, cette période correspond à ce que les nouvelles autorités qualifient de « période critique », marquée par la signature de plusieurs conventions jugées sensibles dans des secteurs stratégiques de l’économie.

Les investigations ont été menées à la fois par un comité interministériel et par les ministères techniques concernés. Plusieurs départements gouvernementaux ont été impliqués dans ce processus, notamment ceux de l’Énergie, des Infrastructures, des Télécommunications, de l’Agriculture et de l’Hydraulique.

Les premières conclusions présentées par le gouvernement mettent en évidence ce que M. Sonko décrit comme un ensemble d’irrégularités dans la gestion de certains contrats publics.

Toutefois, le Premier ministre a tenu à préciser que les partenaires étrangers ou privés impliqués dans ces projets ne seraient pas nécessairement responsables de la situation.

« Nos partenaires ne sont pas forcément les fautifs », a-t-il déclaré, estimant que la responsabilité principale incomberait à certains anciens responsables publics qui auraient négocié ces contrats en violation des règles juridiques en vigueur.

## Le dossier sensible des Industries chimiques du Sénégal

Parmi les secteurs examinés en priorité figure celui des mines, et plus particulièrement le dossier des Industries chimiques du Sénégal.

Cette entreprise joue un rôle majeur dans l’économie sénégalaise, notamment dans l’exploitation des ressources phosphatières du pays. Les phosphates constituent en effet l’une des principales richesses minières du Sénégal et représentent un enjeu stratégique pour l’industrie et les exportations.

Selon les conclusions du comité de renégociation, confirmées par une mission parallèle de l’Inspection générale d’État, l’État sénégalais aurait été « gravement lésé » dans la gestion du contrat liant le gouvernement à cette entreprise.

Les investigations ont révélé plusieurs anomalies financières et juridiques. Parmi les irrégularités signalées figurent notamment des exonérations fiscales qui auraient été accordées sans base légale.

D’après le Premier ministre, ces avantages fiscaux auraient été accordés par simple arrêté ministériel, alors que la législation sénégalaise prévoit que toute exonération fiscale doit être autorisée par une loi votée par le Parlement.

Le rapport évoque également des opérations financières ayant conduit à une réduction significative de la participation de l’État dans le capital des ICS.

## Une participation de l’État fortement réduite

Selon les explications fournies lors de la conférence de presse, l’État sénégalais détenait autrefois une position dominante au sein du capital de l’entreprise.

Au fil des restructurations et des accords conclus, cette participation aurait progressivement diminué, jusqu’à atteindre environ 15 % aujourd’hui.

Le gouvernement estime que certaines décisions prises dans ce processus ont conduit à un affaiblissement des intérêts de l’État.

Les autorités évoquent également des abandons de créance jugés injustifiés, qui auraient contribué à réduire les recettes publiques.

Au total, le manque à gagner cumulé sur la période examinée a été évalué à 1 075,9 milliards de francs CFA, un montant particulièrement élevé qui suscite déjà de nombreuses réactions dans le débat public sénégalais.

## Des mesures conservatoires engagées

Face à ces conclusions, le gouvernement a décidé de prendre plusieurs mesures conservatoires.

Selon le Premier ministre, les redevances dues à l’État par l’entreprise concernée ont été estimées à plus de 200 milliards de francs CFA. Le ministère de l’Énergie a été chargé de notifier officiellement ces montants à la société.

Dans le même temps, des mesures administratives ont été prises afin de sécuriser les intérêts financiers de l’État. Parmi ces mesures figure notamment le blocage des comptes de l’entreprise concernée.

Le gouvernement souhaite ainsi éviter tout risque de transfert ou de dissimulation d’actifs pendant que les investigations se poursuivent.

## Des contrats susceptibles d’être résiliés

Au-delà du cas des ICS, le Premier ministre a indiqué que plusieurs autres contrats conclus dans différents secteurs pourraient être remis en cause.

Le gouvernement a déjà décidé de résilier certaines conventions jugées contraires aux intérêts de l’État. Toutefois, les autorités n’ont pas encore communiqué de détails précis sur les accords concernés.

Les ministres sectoriels devraient prochainement apporter des précisions supplémentaires sur ces décisions.

Cette démarche s’inscrit dans la volonté affichée par les nouvelles autorités de rétablir ce qu’elles présentent comme une gestion plus transparente et plus équitable des ressources publiques.

## Des poursuites judiciaires envisagées

L’un des aspects les plus sensibles de ce dossier concerne les éventuelles suites judiciaires.

Le Premier ministre a clairement indiqué que les responsables ayant participé à la signature de contrats jugés préjudiciables aux intérêts de l’État pourraient faire l’objet de poursuites.

Selon lui, la justice sera appelée à examiner les responsabilités individuelles dans ces affaires.

Cette perspective ouvre la voie à de possibles procédures judiciaires visant d’anciens responsables administratifs ou politiques.

Dans un pays où les questions de gouvernance et de gestion des ressources publiques occupent une place importante dans le débat politique, ces annonces pourraient avoir des répercussions significatives.

## Une réforme plus large de la gouvernance économique

Au-delà des enquêtes en cours, le gouvernement sénégalais souhaite également engager une réforme plus globale du cadre de gestion des contrats publics.

Les autorités envisagent de renforcer les mécanismes de contrôle et de transparence dans la signature des conventions impliquant l’État.

L’objectif est d’éviter que de telles situations ne se reproduisent à l’avenir et de garantir une meilleure protection des intérêts économiques du pays.

Cette initiative s’inscrit dans les engagements pris par les nouvelles autorités lors de la campagne électorale, qui avaient promis de renforcer la gouvernance et de lutter contre les pratiques jugées contraires à l’intérêt public.

## Un débat national en perspective

Les révélations faites par le Premier ministre devraient alimenter un débat important au Sénégal dans les semaines à venir.

Entre les enjeux économiques liés à l’exploitation des ressources naturelles, les questions de gouvernance et les implications politiques possibles, ce dossier pourrait devenir l’un des sujets majeurs de l’actualité nationale.

Pour le gouvernement, la priorité reste désormais de traduire les conclusions du comité en actions concrètes, qu’il s’agisse de renégocier certains contrats, de récupérer les sommes dues ou d’engager les procédures judiciaires nécessaires.

Dans tous les cas, les autorités sénégalaises affirment vouloir faire de cette affaire un tournant dans la gestion des ressources publiques, avec l’ambition de renforcer la transparence et de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions de l’État.

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