Les électeurs djiboutiens sont appelés aux urnes ce vendredi pour élire leur président dans un scrutin qui suscite à la fois attention et interrogations, tant au niveau national qu’international. Cette élection présidentielle, organisée dans un contexte politique particulier, est marquée par la candidature du président sortant, Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, et par la présence d’un seul adversaire, Mohamed Farah Samatar.
À 78 ans, le chef de l’État brigue un sixième mandat, une possibilité rendue légale par une révision constitutionnelle adoptée en 2025. Cette réforme a supprimé la limite d’âge pour les candidats à la présidence, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle candidature du président sortant. Cette décision a suscité des réactions diverses, certains y voyant une continuité politique nécessaire à la stabilité du pays, tandis que d’autres y perçoivent un recul démocratique.
Le scrutin se déroule dans un climat politique relativement calme, mais caractérisé par une faible intensité de la compétition électorale. En effet, l’opposition apparaît peu visible et peu structurée, ce qui limite la portée du débat politique. Plusieurs observateurs estiment que cette situation réduit les enjeux du scrutin, même si celui-ci reste un moment clé de la vie institutionnelle du pays.
Afin de garantir la transparence et la crédibilité du processus électoral, les autorités djiboutiennes ont invité plusieurs missions d’observation internationales et régionales. Au total, 67 observateurs ont été déployés pour superviser le déroulement du vote. Ces missions proviennent notamment de Union africaine (UA), de Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), de Ligue des États arabes et de Organisation de la coopération islamique.
La mission de l’Union africaine, la plus importante avec 47 observateurs, est dirigée par Bernard Makuza. Celle de l’IGAD, composée de 16 membres, est conduite par Mulatu Teshome. Les autres organisations, bien que disposant de délégations plus réduites, participent également à l’évaluation du processus électoral.
Ces missions ont pour objectif de mener une observation indépendante, impartiale et objective du scrutin. Elles sont chargées d’évaluer non seulement le déroulement du vote le jour J, mais également l’ensemble du processus électoral, incluant la campagne, l’environnement politique et les conditions d’organisation. Dans ce cadre, les observateurs ont rencontré les candidats, les autorités politiques ainsi que les institutions impliquées dans l’organisation de l’élection, notamment la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
La mission de l’IGAD inclut également la participation de Mohamed Abdi Ware, secrétaire exécutif adjoint de l’organisation. Cette mission a mené des consultations approfondies avec plusieurs acteurs, dont le comité des ambassadeurs, la mission de l’Union africaine et des représentants de la société civile djiboutienne. Des sessions de formation ont par ailleurs été organisées à l’intention des observateurs afin d’assurer une meilleure compréhension du contexte local et des procédures électorales.
En amont du scrutin, la campagne électorale s’est déroulée sur l’ensemble du territoire, avec des déplacements des candidats dans plusieurs régions du pays. Le président sortant, candidat de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), a organisé des meetings notamment dans les villes de Dikhil et Ali Sabieh. Lors de ces rassemblements, il a mis en avant son bilan et ses priorités pour les années à venir, notamment en matière de croissance économique, de création d’emplois pour les jeunes et d’amélioration des services publics.
De son côté, son adversaire, Mohamed Farah Samatar, candidat du Centre démocratique unifié (CDU), a lancé sa campagne dans la région de Tadjourah avant de poursuivre à Obock. Il a axé son discours sur la nécessité d’un renouveau politique, appelant à une plus grande participation citoyenne et à une réforme des institutions pour renforcer la démocratie.
Malgré ces efforts de campagne, de nombreux observateurs notent que la compétition reste limitée, en raison notamment du déséquilibre des moyens entre les candidats et de la domination politique du président sortant. Cette situation soulève des questions sur la pluralité politique et la vitalité démocratique dans le pays.
L’élection présidentielle de cette année intervient dans un contexte institutionnel particulier, marqué par la récente modification de la Constitution. La levée de la limite d’âge pour les candidats constitue un changement majeur, qui a profondément influencé la configuration du scrutin. Pour les autorités, cette réforme s’inscrit dans une logique d’adaptation des institutions aux réalités nationales. Pour ses détracteurs, elle remet en cause les principes d’alternance démocratique.
Au-delà des débats politiques, cette élection représente un moment important pour les citoyens djiboutiens, appelés à exprimer leur choix dans les urnes. Le taux de participation constituera un indicateur clé de l’engagement des électeurs et de la légitimité du scrutin.
Les résultats officiels sont attendus à l’issue du vote, dans un délai qui dépendra du bon déroulement des opérations de dépouillement et de centralisation des résultats. Les observateurs internationaux devraient publier leurs premières conclusions dans les jours suivant l’élection, apportant un éclairage sur la régularité et la transparence du processus.
En définitive, cette présidentielle à Djibouti s’inscrit dans un contexte de continuité politique, mais également de questionnements sur l’évolution démocratique du pays. Entre stabilité institutionnelle et attentes de changement, le scrutin de ce vendredi pourrait marquer une nouvelle étape dans l’histoire politique djiboutienne.

