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Chronique

Conakry – Caire : Coopération halieutique, vers un partenariat renforcé entre la Guinée et l’Égypte

*Conakry, 09 avril 2026* — La coopération Sud-Sud s’illustre une nouvelle fois à travers le renforcement des relations bilatérales entre la République de Guinée et la République arabe d’Égypte, cette fois dans un secteur stratégique : la pêche et l’économie maritime. La rencontre, tenue au siège du Ministère de la Pêche et de l’Économie Maritime (MPEM), entre le ministre guinéen, Fassou Théa, et l’ambassadeur d’Égypte en Guinée, Mohammad S. Elhalawani, marque une étape décisive dans la volonté affichée de moderniser un pilier essentiel de l’économie nationale.

Reçu en audience officielle, le diplomate égyptien était accompagné de plusieurs membres de sa mission, témoignant de l’importance accordée par Le Caire à ce rapprochement sectoriel. Les échanges, qualifiés de francs et constructifs par les deux parties, ont porté sur dix axes prioritaires destinés à impulser une transformation structurelle du secteur halieutique guinéen. À travers ce dialogue, Conakry cherche à capitaliser sur l’expertise égyptienne, reconnue à l’échelle régionale et continentale dans la gestion intégrée des ressources halieutiques, la formation technique et le développement d’infrastructures portuaires.

Un secteur à fort potentiel, mais encore sous-exploité

Dotée de plus de 300 kilomètres de côtes, la Guinée dispose d’un potentiel halieutique considérable, longtemps freiné par des insuffisances d’infrastructures, un faible niveau de transformation locale et des capacités limitées de surveillance maritime. Le secteur, qui emploie directement et indirectement des milliers de personnes, demeure stratégique pour la sécurité alimentaire, la création d’emplois et la diversification de l’économie nationale.

Conscient de ces enjeux, le gouvernement guinéen a fait de la pêche et de l’économie maritime un axe prioritaire de son action. La rencontre avec la partie égyptienne s’inscrit ainsi dans une dynamique de recherche de partenariats solides, capables d’apporter des solutions concrètes et durables. « Il ne s’agit plus seulement d’exploiter la ressource, mais de la valoriser localement, de renforcer les compétences nationales et de garantir la durabilité des écosystèmes marins », a souligné le ministre Fassou Théa au cours des discussions.

Des axes de coopération clairement définis

Parmi les points clés abordés figure en premier lieu la modernisation et la construction d’installations portuaires et de sites de débarquement. Ces infrastructures constituent le socle de toute chaîne de valeur halieutique performante. L’objectif est de doter la Guinée de ports de pêche modernes, capables d’accueillir des navires de taille moyenne, d’assurer de bonnes conditions de débarquement et de réduire les pertes post-capture.

La mise en place d’usines de traitement et de transformation des produits de la pêche a également occupé une place centrale dans les échanges. En transformant localement le poisson — par le fumage, la congélation ou la mise en conserve — le pays pourrait accroître significativement la valeur ajoutée de sa production, réduire les exportations à l’état brut et créer des emplois, notamment pour les jeunes et les femmes.

Autre volet stratégique : l’acquisition de navires de pêche adaptés aux réalités des eaux guinéennes. L’Égypte, forte de son expérience dans la construction et l’exploitation de flottes de pêche, pourrait accompagner la Guinée dans le renouvellement et la modernisation de ses moyens de capture, tout en veillant au respect des normes environnementales.

Formation et transfert de compétences au cœur du partenariat

Au-delà des infrastructures, la question du capital humain a été largement discutée. Les deux parties ont convenu de l’importance de mettre en place un programme structuré de formation et de transfert de compétences techniques. Celui-ci viserait les pêcheurs artisanaux et industriels, les techniciens portuaires, ainsi que les cadres de l’administration maritime.

L’Égypte, qui dispose d’instituts spécialisés et de centres de recherche en sciences halieutiques, pourrait accueillir des stagiaires guinéens ou dépêcher des experts sur place. Cette coopération académique et technique permettrait de renforcer les capacités locales et d’assurer la pérennité des investissements à venir.

Lutte contre la pêche illicite : un enjeu de souveraineté

La surveillance maritime et la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) figurent également parmi les priorités. Ce fléau prive chaque année la Guinée de ressources financières importantes et met en péril la durabilité des stocks halieutiques. Le renforcement des capacités de contrôle, à travers des équipements modernes et des systèmes de surveillance performants, a été identifié comme un domaine clé de la coopération future.

Dans ce cadre, l’expertise égyptienne en matière de contrôle maritime et de technologies de suivi pourrait jouer un rôle déterminant, en appui aux efforts déjà engagés par les autorités guinéennes.

Vers une feuille de route opérationnelle

Afin de donner un caractère concret à ces échanges, le Ministère de la Pêche et de l’Économie Maritime s’est engagé à transmettre, dès cette semaine, une lettre officielle d’expression des besoins à l’ambassade d’Égypte. Ce document stratégique servira de base à l’élaboration d’une feuille de route détaillant les modalités techniques et financières de l’appui égyptien.

Cette démarche traduit la volonté des autorités guinéennes de passer rapidement de la concertation à l’action. Elle permettra également de mobiliser, à terme, d’autres partenaires techniques et financiers autour de projets structurants pour le secteur.

Une coopération porteuse d’espoir

Au-delà des aspects techniques, cette rencontre symbolise un rapprochement politique et économique entre deux pays africains désireux de renforcer leur coopération sur la base d’intérêts mutuels. Dans un contexte international marqué par des défis économiques et environnementaux croissants, la solidarité et le partage d’expertise entre pays du Sud apparaissent plus que jamais comme des leviers essentiels de développement.

En misant sur un partenariat renforcé avec l’Égypte, la Guinée affiche son ambition de faire de la pêche et de l’économie maritime un moteur de croissance inclusive et durable. Si les engagements pris se traduisent en projets concrets, cette coopération pourrait bien ouvrir une nouvelle ère pour le secteur halieutique guinéen, au bénéfice des communautés côtières et de l’économie nationale dans son ensemble.

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Moussa Salif Sylla 04/14/2026 at 9:30 AM
Jeunes activités guinéener défenseur des jeunes visionnaires Citoyen engagé pour le développement de la Guinée

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