La carrière judiciaire d’Algassimou Diallo connaît un tournant majeur. L’avocat général près la Cour suprême de Guinée a été révoqué par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), à l’issue d’une procédure disciplinaire engagée après sa suspension par le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara. Cette décision met fin à la carrière du magistrat, qui s’était notamment illustré dans le procès historique du massacre du 28 septembre 2009.
La révocation intervient quelques jours seulement après la suspension de l’intéressé. Le 18 août, le Garde des Sceaux avait signé un arrêté suspendant Algassimou Diallo de ses fonctions d’avocat général près la Cour suprême pour « manquement à ses obligations statutaires attachées à son statut de magistrat ». Le texte ministériel ne précisait alors pas publiquement les faits à l’origine de cette mesure, mais annonçait la saisine du Conseil supérieur de la magistrature afin qu’une procédure disciplinaire soit engagée.
Réuni en formation disciplinaire à huis clos, le CSM a finalement conclu que les faits reprochés au magistrat étaient établis. Dans sa décision, l’instance disciplinaire a retenu contre Algassimou Diallo des « manquements graves aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat ». Une conclusion qui a conduit à la sanction la plus lourde prévue dans le cadre disciplinaire applicable aux magistrats : la révocation.
Une procédure disciplinaire rapidement menée
La procédure trouve son origine dans la décision prise le 18 août par le ministre de la Justice. La suspension avait été présentée comme une mesure conservatoire, prise à la suite d’informations portant sur des faits que le ministre considérait comme incompatibles avec les obligations liées à la fonction de magistrat.
Après cette suspension, le dossier a été transmis au Conseil supérieur de la magistrature, seule instance compétente pour examiner la responsabilité disciplinaire du magistrat dans le cadre prévu par le statut de la magistrature.
Le CSM a été saisi par le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Au terme de son examen, il a décidé de révoquer Algassimou Diallo en application des articles 20, 35 et 36 de la loi organique L/054/CNT/2013 du 17 mai 2013 portant Statut des Magistrats.
La décision doit être notifiée à l’intéressé et communiquée au Garde des Sceaux. Elle doit également faire l’objet d’une publication, conformément aux dispositions applicables.
Si le Conseil supérieur de la magistrature affirme avoir établi les faits reprochés, sa décision ne détaille pas publiquement l’ensemble des éléments ayant conduit à la sanction. Cette absence de précisions dans la décision publiée laisse ainsi subsister des interrogations sur la nature exacte et l’étendue des faits retenus contre l’ancien avocat général.
Des éléments évoqués publiquement par le ministre
Les autorités guinéennes ont toutefois apporté certains éléments sur les raisons de la procédure. Dans une intervention à la télévision nationale, le ministre de la Justice Ibrahima Sory II Tounkara a notamment évoqué l’existence d’échanges audio entre Algassimou Diallo et l’opposant Cellou Dalein Diallo.
Selon les explications du ministre, ces échanges figureraient parmi les éléments considérés par les autorités comme incompatibles avec les obligations professionnelles attachées au statut de magistrat.
La question de la neutralité, de l’indépendance et de la réserve des magistrats se trouve ainsi au cœur de cette affaire. Dans l’exercice de leurs fonctions, les magistrats sont soumis à des obligations particulières destinées à garantir la confiance du public dans l’institution judiciaire et à préserver la dignité de la profession.
Une interdiction de sortie du territoire aurait également été prise à l’encontre d’Algassimou Diallo. Une instruction adressée le 19 août au directeur général de la Police nationale par le procureur général près la Cour d’appel de Conakry aurait demandé l’application de cette mesure dans le cadre de l’affaire.
Ces différents éléments ont donc précédé l’examen disciplinaire du dossier par le CSM.
Une figure du procès du massacre du 28 septembre 2009
Avant cette procédure disciplinaire, Algassimou Diallo était surtout connu du grand public pour son rôle dans le procès du massacre du 28 septembre 2009, l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de l’histoire récente de la Guinée.
Nommé procureur de la République près le Tribunal de première instance de Dixinn en décembre 2021, il avait participé à la conduite des poursuites contre plusieurs responsables de l’ancien Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), notamment l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara.
Le procès du 28 septembre avait une portée nationale et internationale considérable. Les événements survenus le 28 septembre 2009 au stade de Conakry avaient fait de nombreuses victimes et marqué profondément la société guinéenne. Pendant des années, les familles des victimes et les organisations de défense des droits humains avaient réclamé que les responsables présumés soient traduits devant la justice.
Dans ce contexte, les magistrats chargés du dossier occupaient une position particulièrement exposée. Algassimou Diallo s’était ainsi retrouvé au premier plan de l’une des procédures judiciaires les plus suivies de Guinée.
Son implication dans ce dossier avait contribué à renforcer sa notoriété au sein de l’appareil judiciaire guinéen.
Une ascension au sein de la magistrature
Après son passage au Tribunal de première instance de Dixinn, le parcours d’Algassimou Diallo s’était poursuivi à d’autres niveaux de la hiérarchie judiciaire.
À la suite d’un décret présidentiel signé le 1er novembre 2025, il avait été nommé à la tête du parquet général près la Cour d’appel de Kankan. Il avait ensuite été nommé avocat général près la Cour suprême, l’une des plus hautes juridictions du pays.
Cette progression témoignait d’un parcours important au sein de la magistrature guinéenne. Sa révocation représente donc non seulement la fin d’une fonction particulière, mais aussi la rupture définitive de son appartenance au corps des magistrats.
Un dossier marqué par une certaine proximité institutionnelle
L’affaire présente également une particularité : le ministre qui a ordonné la suspension d’Algassimou Diallo connaît lui-même le dossier du 28 septembre 2009.
Avant son entrée au gouvernement, Ibrahima Sory II Tounkara avait présidé le Tribunal de première instance de Dixinn, la juridiction devant laquelle les débats du procès du massacre s’étaient déroulés. Il avait ensuite occupé les fonctions de président de la Cour d’appel de Conakry avant d’être nommé ministre de la Justice.
Cette trajectoire institutionnelle donne à l’affaire une dimension particulière. Deux responsables ayant été directement associés au fonctionnement de la justice dans le dossier du 28 septembre se retrouvent désormais liés par une procédure disciplinaire concernant l’un des anciens magistrats ayant participé aux poursuites.
La décision du CSM reste toutefois centrée sur les obligations statutaires et professionnelles d’Algassimou Diallo, et non sur son rôle passé dans le procès du 28 septembre.
Une sanction qui clôt une carrière judiciaire
La révocation prononcée par le Conseil supérieur de la magistrature constitue la sanction la plus importante dans cette affaire. Elle signifie que l’intéressé quitte définitivement le corps de la magistrature, mettant un terme à une carrière qui l’avait conduit jusqu’à la Cour suprême.
Le CSM, présidé par Sidy Souleymane Ndiaye et dont le rapporteur est Hassan 2 Diallo, a ordonné la publication de sa décision. Cette publication doit permettre de formaliser la sanction et d’en assurer la communication institutionnelle.
L’affaire soulève également des questions plus larges sur la discipline judiciaire en Guinée. Le fonctionnement de la justice repose en effet sur un équilibre entre l’indépendance des magistrats, leurs obligations professionnelles et les mécanismes permettant de sanctionner les manquements lorsqu’ils sont établis.
La révocation d’Algassimou Diallo montre, à cet égard, que les autorités judiciaires entendent appliquer les mécanismes disciplinaires prévus par le statut des magistrats lorsqu’elles estiment que des obligations professionnelles ont été gravement violées.
Pour autant, la nature exacte de l’ensemble des faits retenus contre l’ancien avocat général demeure en partie non détaillée dans la décision disciplinaire rendue publique. Les éléments évoqués par le ministre, notamment les échanges audio avec Cellou Dalein Diallo, constituent les principales informations communiquées publiquement à ce stade.
Une nouvelle page pour la justice guinéenne
La révocation d’Algassimou Diallo intervient dans un contexte où la justice guinéenne continue d’occuper une place centrale dans la vie institutionnelle du pays. Le procès du 28 septembre 2009, les procédures disciplinaires visant des magistrats et la volonté affichée des autorités de renforcer la discipline au sein du corps judiciaire témoignent des nombreux défis auxquels l’institution est confrontée.
Avec cette décision, le Conseil supérieur de la magistrature met donc un terme à la carrière judiciaire d’un magistrat qui avait acquis une forte visibilité à travers l’un des procès les plus importants de l’histoire contemporaine de la Guinée.
Suspendu le 18 août, visé par une procédure disciplinaire, puis révoqué par le CSM, Algassimou Diallo quitte désormais la magistrature dans des circonstances qui resteront étroitement liées à la question du respect des obligations professionnelles et à l’exigence de dignité attachée à la fonction judiciaire.
La publication officielle de la décision du CSM devrait permettre de mieux préciser, le cas échéant, les éléments ayant fondé la sanction. En attendant, cette révocation marque une étape importante dans le parcours judiciaire d’Algassimou Diallo et constitue un nouvel épisode significatif dans l’évolution de l’institution judiciaire guinéenne.
