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Monnaie unique de la CEDEAO : la Guinée rejoint la Task Force de l’Eco tout en réaffirmant son attachement au franc guinéen

CONAKRY – La Guinée se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat stratégique sur l’avenir de son système monétaire. Alors que le pays vient d’obtenir son intégration à la Task Force présidentielle de la CEDEAO, chargée de piloter le projet de monnaie unique régionale, l’Eco, le président de la République, le général Mamadi Doumbouya, a réaffirmé avec force que le franc guinéen demeurera le socle de la politique économique nationale. Cette double orientation, qui peut paraître contradictoire à première vue, reflète en réalité la volonté de Conakry de concilier son engagement en faveur de l’intégration régionale avec la préservation de sa souveraineté économique.

La question monétaire occupe depuis plusieurs décennies une place centrale dans les débats sur l’intégration ouest-africaine. Depuis la création de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les États membres nourrissent l’ambition de mettre en circulation une monnaie unique afin de renforcer les échanges commerciaux, faciliter les investissements et accélérer l’intégration économique de la région. Toutefois, malgré plusieurs annonces et reports successifs, ce projet n’a jamais pu aboutir en raison des difficultés rencontrées par les pays membres pour satisfaire aux critères de convergence macroéconomique.

C’est dans ce contexte que la Guinée a officiellement obtenu, lors de la 69ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, tenue le 19 juillet 2026 à Freetown, son admission au sein de la Task Force présidentielle chargée de conduire les travaux politiques du Programme de la monnaie unique.

Le communiqué final de la rencontre indique que les dirigeants ouest-africains ont accueilli favorablement cette demande avant de charger la Commission de la CEDEAO de convoquer une nouvelle réunion de cette instance avant le sommet de décembre 2026. Cette Task Force devra poursuivre les consultations politiques destinées à accélérer la mise en œuvre du projet Eco.

Cette décision constitue une évolution importante pour la Guinée, qui souhaite désormais participer plus activement aux grandes orientations concernant l’avenir monétaire de la sous-région.

Pourtant, quelques jours seulement après cette décision régionale, le président Mamadi Doumbouya a tenu un discours qui a surpris de nombreux observateurs.

Lors du Conseil des ministres du jeudi 30 juillet, le chef de l’État a rappelé que la République de Guinée dispose depuis plus de soixante-cinq ans de sa propre monnaie nationale et qu’elle entend préserver cette indépendance.

Selon les autorités guinéennes, le franc guinéen représente bien davantage qu’un simple instrument de paiement. Il constitue un symbole historique de la souveraineté retrouvée après l’indépendance et un outil permettant à l’État de conduire librement sa politique économique.

Le président Doumbouya a insisté sur le fait que cette autonomie monétaire offre à la Guinée la possibilité d’adapter ses décisions économiques aux réalités nationales sans dépendre d’orientations prises à l’extérieur.

Pour les autorités de la transition, cette indépendance demeure un élément essentiel de la stratégie nationale de développement.

Cette déclaration a rapidement suscité des interrogations dans les milieux économiques.

Comment la Guinée peut-elle participer activement au projet Eco tout en affirmant que le franc guinéen restera durablement la monnaie nationale ?

Pour plusieurs spécialistes, cette situation ne traduit pas nécessairement une contradiction.

En effet, intégrer la Task Force présidentielle ne signifie pas que la Guinée adoptera automatiquement la monnaie unique dans un avenir immédiat.

Cette structure constitue avant tout un cadre de concertation politique chargé de définir les grandes orientations du projet.

Les décisions finales dépendront du respect de nombreux critères économiques ainsi que du consensus entre les différents États membres.

Depuis plus de vingt-cinq ans, la Guinée participe déjà aux travaux préparatoires du projet Eco.

Le pays est en effet membre fondateur de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), créée en avril 2000 avec la Gambie, le Ghana, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone.

Cette organisation avait pour mission de préparer l’introduction d’une monnaie commune destinée aux pays non membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Au fil des années, plusieurs études techniques ont été réalisées afin d’évaluer les conditions nécessaires au lancement de cette monnaie.

Cependant, les reports se sont multipliés.

La principale difficulté réside dans le respect simultané des critères de convergence macroéconomique.

Ces critères exigent notamment une inflation maîtrisée, un déficit budgétaire limité à 3 % du produit intérieur brut, un faible recours au financement des déficits publics par les banques centrales ainsi qu’un niveau suffisant de réserves de change.

À ces exigences s’ajoutent plusieurs autres indicateurs portant sur la stabilité du taux de change, la maîtrise de l’endettement public, l’amélioration de la mobilisation des recettes fiscales et la réduction des arriérés de paiement.

Or, très peu de pays de la région sont parvenus jusqu’à présent à satisfaire durablement l’ensemble de ces conditions.

Cette réalité explique pourquoi le lancement de l’Eco continue d’être repoussé malgré les ambitions affichées par les dirigeants ouest-africains.

Pour la Guinée, rejoindre la Task Force représente néanmoins une opportunité stratégique.

Cette participation permettra aux autorités guinéennes de prendre part aux discussions relatives aux modalités de fonctionnement de la future monnaie, à la gouvernance de la future banque centrale régionale ainsi qu’aux mécanismes de transition susceptibles d’être adoptés.

Conakry pourra ainsi défendre ses intérêts et faire entendre sa vision d’une intégration économique respectueuse des réalités nationales.

Plusieurs économistes estiment également que la position actuelle de la Guinée traduit une approche pragmatique.

Le maintien du franc guinéen permet au pays de conserver sa capacité à définir sa politique monétaire, notamment en matière de taux de change, de création monétaire et de soutien à l’économie nationale.

Dans le même temps, la participation aux travaux de la CEDEAO garantit que la Guinée ne restera pas en marge des évolutions futures de l’intégration régionale.

Les autorités guinéennes semblent ainsi privilégier une stratégie consistant à préserver leurs marges de manœuvre tout en restant pleinement impliquées dans les discussions sur l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest.

Au-delà des considérations techniques, le débat autour de l’Eco revêt également une forte dimension politique.

Pour certains responsables africains, une monnaie commune constituerait un puissant levier d’intégration régionale, capable de stimuler les échanges commerciaux, d’attirer davantage d’investissements étrangers et de renforcer le poids économique de la CEDEAO sur la scène internationale.

D’autres estiment toutefois qu’une union monétaire ne peut fonctionner durablement qu’à condition de reposer sur des économies suffisamment convergentes et sur des institutions régionales solides.

Dans ce contexte, la Guinée apparaît aujourd’hui comme un acteur désireux de participer à cette réflexion collective tout en protégeant les fondements de sa souveraineté économique.

À court terme, aucune décision ne laisse présager l’abandon imminent du franc guinéen.

Le pays continuera vraisemblablement à participer aux consultations régionales tout en poursuivant ses propres réformes économiques.

L’évolution future dépendra des progrès réalisés par l’ensemble des États membres de la CEDEAO, de leur capacité à satisfaire aux critères de convergence et du consensus politique qui pourra émerger autour du lancement effectif de l’Eco.

Ainsi, l’adhésion de la Guinée à la Task Force présidentielle ne constitue pas un renoncement immédiat à sa monnaie nationale, mais plutôt la manifestation de sa volonté de contribuer activement à la construction de l’avenir monétaire de l’Afrique de l’Ouest, tout en préservant, pour l’heure, un instrument considéré comme l’un des symboles majeurs de son indépendance et de sa souveraineté économique.

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