Addis-Abeba – À l'ouverture de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l'Union africaine, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a lancé un appel fort en faveur d'une Afrique plus influente sur la scène internationale. Face aux profondes mutations qui redessinent les rapports de force mondiaux, il a affirmé que le continent devait dépasser son rôle traditionnel de spectateur pour devenir un acteur stratégique capable d'apporter des solutions africaines aux défis mondiaux.
Prenant la parole devant les ministres des Affaires étrangères et les représentants des États membres réunis à Addis-Abeba, Gedion Timothewos a décrit une période charnière de l'histoire contemporaine. Selon lui, l'ordre international connaît une transformation profonde sous l'effet de plusieurs facteurs simultanés, notamment l'intensification des rivalités géopolitiques, les avancées technologiques rapides, les effets du changement climatique et la compétition croissante autour des ressources stratégiques.
Le chef de la diplomatie éthiopienne a expliqué que ces évolutions modifient durablement les équilibres internationaux et imposent aux pays africains de renforcer leur unité afin de défendre leurs intérêts communs. Pour lui, cette nouvelle réalité constitue autant un défi qu'une opportunité historique pour le continent.
« L'Afrique doit devenir un acteur stratégique dans le paysage géopolitique en évolution », a déclaré Gedion Timothewos, estimant que les pays africains disposent désormais des atouts nécessaires pour peser davantage dans les grandes décisions internationales.
Le ministre a insisté sur la nécessité pour l'Union africaine de renforcer son rôle politique et diplomatique. Selon lui, l'organisation continentale doit s'affirmer comme une institution crédible, capable de parler d'une seule voix sur les grandes questions internationales tout en défendant les priorités de ses États membres.
Cette ambition passe, a-t-il souligné, par un renforcement des institutions africaines, une meilleure coordination entre les gouvernements et une plus grande capacité à élaborer des réponses communes aux crises politiques, économiques, sanitaires et sécuritaires auxquelles le continent est confronté.
Gedion Timothewos a également mis en avant les performances économiques enregistrées par plusieurs pays africains. Il a rappelé qu'en 2026, huit des dix économies affichant les taux de croissance les plus rapides dans le monde se trouvent en Afrique. Pour lui, ces chiffres illustrent le potentiel exceptionnel du continent et démontrent que l'Afrique peut devenir l'un des principaux moteurs de la croissance mondiale au cours de la seconde moitié du XXIᵉ siècle.
Toutefois, le ministre a averti que cette dynamique économique ne pourra être durable que si les États africains investissent davantage dans l'industrialisation, les infrastructures, l'innovation, l'éducation et la transformation locale de leurs ressources naturelles. Il a plaidé pour une croissance inclusive capable de créer des emplois pour une population jeune en forte expansion.
L'un des axes majeurs de son intervention a porté sur la gestion des ressources stratégiques africaines. Gedion Timothewos a estimé que les immenses richesses naturelles du continent doivent être administrées dans un esprit de coopération, d'équité et de bénéfice mutuel.
Selon lui, les ressources minières, énergétiques, hydriques et agricoles constituent un levier essentiel pour accélérer l'intégration régionale et améliorer les conditions de vie des populations. Leur exploitation doit donc s'inscrire dans une vision commune permettant aux pays africains de tirer pleinement profit de leurs potentialités.
Le ministre a réaffirmé l'engagement de son pays en faveur des institutions continentales et des différents mécanismes africains de gouvernance. Il a insisté sur le fait que les défis de l'Afrique doivent être résolus avant tout par les Africains eux-mêmes, à travers des institutions fortes, efficaces et légitimes.
Cette approche rejoint le principe des « solutions africaines aux problèmes africains », qui demeure l'un des fondements de l'Union africaine depuis sa création. Pour Gedion Timothewos, le continent doit renforcer son autonomie stratégique afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs.
Les questions sanitaires ont également occupé une place importante dans son discours. Le ministre a exprimé la solidarité de l'ensemble du continent envers les pays touchés par les récentes flambées d'Ebola dans certaines régions d'Afrique.
Il a salué le travail accompli par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), dont les efforts en matière de préparation, de surveillance et de réponse rapide contribuent à limiter la propagation des épidémies.
Selon lui, les crises sanitaires démontrent l'importance de renforcer les capacités africaines en matière de recherche, de production pharmaceutique et de coopération médicale afin de mieux faire face aux futures urgences de santé publique.
Au-delà des enjeux sanitaires, le ministre a rappelé que l'Afrique reste confrontée à de nombreux défis liés à la sécurité, au terrorisme, aux conflits armés, aux déplacements de populations et aux effets du changement climatique. Il a toutefois affirmé que ces difficultés ne doivent pas masquer les progrès accomplis par plusieurs pays dans les domaines de la gouvernance, de l'économie et de l'intégration régionale.
Pour Gedion Timothewos, la période actuelle exige une vision commune, une volonté politique affirmée et une coopération renforcée entre tous les États membres de l'Union africaine. Il a appelé les dirigeants africains à faire preuve de solidarité et de responsabilité afin de construire un continent plus résilient et plus influent.
La 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l'Union africaine intervient dans un contexte international particulièrement complexe. Les ministres des Affaires étrangères y examinent plusieurs dossiers stratégiques portant notamment sur la paix et la sécurité, l'intégration économique, la gouvernance, la santé publique, le financement de l'organisation et les réformes institutionnelles.
Les conclusions de cette réunion devraient servir de base aux décisions qui seront soumises aux chefs d'État et de gouvernement lors du prochain sommet de l'Union africaine.
À travers son intervention, Gedion Timothewos a adressé un message clair : l'Afrique possède aujourd'hui les ressources humaines, économiques et institutionnelles nécessaires pour jouer un rôle déterminant dans le monde de demain. Encore faut-il, selon lui, renforcer l'unité du continent, consolider les institutions africaines et promouvoir une coopération fondée sur les intérêts communs.
Son discours s'inscrit dans une vision ambitieuse d'une Afrique plus souveraine, capable non seulement de répondre à ses propres défis, mais également de contribuer activement à la stabilité, à la prospérité et à la gouvernance mondiale. Alors que le paysage géopolitique continue d'évoluer rapidement, le ministre estime que le moment est venu pour le continent de transformer son potentiel en véritable puissance d'influence sur la scène internationale.
